Chronique Trésors de la chalouperie Godbout : Une histoire de famille

Étant passionnée d’art et de muséologie, ayant une formation en histoire de l’art et en muséologie et en tant que guide-interprète au Parc maritime de Saint-Laurent depuis neuf ans, il m’est venue l’idée de vous présenter quelques outils de la chalouperie Godbout, située sur le site du Parc maritime.

Tout au long de l’année 2022, je vous présenterai une photographie d’un outil provenant de la chalouperie Godbout et vous ferai découvrir le fabricant, le matériau, la date, la technique de fabrication utilisée ainsi que la fonction de chaque outil. Vous seront dévoilés, entre autres, hache, scie, herminette, trusquin, tarière, etc. Ce mois-ci, je vous présente l’historique de la chalouperie Godbout et de ses outils.

Historique de la chalouperie Godbout

Il est intéressant de mentionner que pendant près de 125 ans trois générations de la même famille Godbout ont exercé le métier de chaloupier. Il y eut David Godbout, père, qui laissa la chalouperie en héritage à son fils, aussi nommé David Godbout. Ce dernier, n’ayant pas d’enfant, légua la chalouperie à son neveu, Lucien Godbout, qui en a été le dernier propriétaire. 

C’est autour de 1837 qu’a été construite la chalouperie Godbout. Elle fut classée monument historique en 1977. Elle est de forme rectangulaire avec un toit à deux versants et entièrement recouverte de bardeaux de cèdre. Son emplacement d’origine était à trois kilomètres à l’est du Parc maritime, dans le village de Saint-Laurent-de-l’Île-d’Orléans.

C’est en juin 1989 qu’on la déplaça sur une barge afin de l’incorporer à l’ancien Chantier maritime Saint-Laurent devenu le Parc maritime. Lorsqu’on entre pour la première fois dans la chalouperie Godbout, certains de nos sens sont sollicités. Ainsi, j’ai remarqué que les visiteurs entrent en silence, comme dans une église, et sont tout de suite happés par l’odeur de bois qui s’y dégage.

Ils constatent aussitôt que le plancher est composé de larges planches débitées à la hache et assemblées avec des clous fabriqués par un forgeron. Ceux et celles qui lèvent le regard observent qu’au plafond les poutres sont apparentes. Il arrive parfois que des visiteurs impressionnés échappent un WOW ! Il n’est pas rare que des touristes effleurent du bout des doigts les établis tailladés par de nombreux outils, essayant, peut-être, de raviver le passé.

L’électricité, au Québec, n’arrive qu’à la fin du XIXe siècle. C’est pourquoi, lorsqu’on bâtit les chalouperies, au XVIIIe siècle, il est primordial d’y laisser pénétrer le plus possible la lumière du jour. On dispose donc les fenêtres de chaque côté du bâtiment, près des établis. Les chaloupiers travaillent alors du côté est, le matin, et du côté ouest, l’après-midi. La clarté est accentuée par une fenêtre à chaque bout du rez-de-chaussée et par deux autres fenêtres à l’étage supérieur. Cet atelier comprend une petite porte du côté nord ; l’autre porte, située du côté sud, fait face au fleuve. Cette dernière est beaucoup plus grande et à deux battants, facilitant l’entrée et la sortie des chaloupes. Finalement, nous remarquons que toute la quincaillerie de la chalouperie : pentures, clenches et poignées a été façonnée par un forgeron. 

Les outils

Les outils de la chalouperie Godbout datent des XIXe et XXe siècles et ont été acquis au fil de trois générations de la famille Godbout. Certains sont datés alors que d’autres portent les initiales du propriétaire (ceux que vous verrez ne sont pas initialés). La plupart des outils sont de facture industrielle, quelques-uns seulement sont de fabrication artisanale. Ce qui constitue la particularité de la chalouperie Godbout est le fait que les outils se trouvent in situ (sur place), ce qui en assure non seulement l’authenticité, mais nous plonge dans une immersion complète où il est facile d’imaginer le travail des chaloupiers. 

Le mois prochain : les haches.

Bibliographie – Françoise DUBÉ, Bernard GENEST, La chalouperie Godbout, dossier no 19, ministère des Affaires culturelles, Direction générale du Patrimoine, Service de l’Inventaire des Biens culturelles, Bibliothèque nationale du Québec, mars 1976.

Précédent

Chronique d’histoire : Nos mamans en Nouvelle-France

Suivant

Chronique Le porte-voix : La CCIO fait peau neuve

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Autour de l'île

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture