L’esprit de famille, une expression qui me fait sourire !

Ces temps-ci, j’entends souvent parler de l’esprit de famille et cela me fait réagir et réfléchir à ce qu’est véritablement l’esprit de famille de nos jours. Est-ce juste une expression à la mode qu’on dit pour bien paraître ou une valeur à laquelle on tient mordicus ?

« On parle d’esprit de famille lorsqu’il existe une grande solidarité entre membres d’une même famille. Le mot esprit, du latin spiritus, pouvant signifier sentiment, est employé ici dans le sens de fonds de sentiments qui oriente l’action d’une personne ou d’une collectivité. » www.linternaute.fr

Plus que jamais l’esprit de famille résonne un peu faux à mes oreilles. Je me demande si l’expression n’est pas un peu galvaudée. Elle a perdu ses racines avec le temps. Je ne nie pas que l’esprit de famille existe bel et bien. Mais cette valeur est perçue tellement différemment d’une famille à l’autre que j’en perds mon latin.

Comment peut-il en être autrement avec le panorama des familles qui s’est passablement modifié ? Il y a maintenant des familles non seulement nucléaires, mais monoparentales, recomposées, homoparentales… Même si j’adhère à cette diversité familiale, il n’en demeure pas moins que l’expression n’a pas le même sens qu’avant. On devrait peut-être revisiter l’expression comme on revisite, en cuisine, le pâté chinois et la soupe aux pois. Comme toujours, certains en sortent gagnants. D’autres y perdent.

C’est quoi au juste l’esprit de famille ?

Dans la tête de bien du monde, l’esprit de famille remonte à une autre époque, celle où les familles étaient nombreuses au Québec. Les parents vivaient sous le même toit que leurs enfants devenus adultes, dont ils gardaient les enfants, et s’entraidaient. Ils étaient solidaires les uns envers les autres. En faisait aussi partie, la famille plus élargie : les frères, sœurs, oncles, tantes, cousins… On pouvait toujours compter sur un des « nôtres », comme ils disaient, pour se confier, se réjouir et se consoler dans les bons comme dans les mauvais moments. Les liens du sang étaient plus forts que tout ! Encore aujourd’hui la pensée n’est pas disparue par magie. Des gens pensent encore comme ça ici et ailleurs dans le monde.

De nos jours, avec la pluralité des modèles familiaux et la vie qui a changé, il est difficile de s’y retrouver… dans le bon sens du terme. Les horizons se sont élargis. La pensée sociale a évolué. Les amis sont devenus de la famille, les liens qui nous unissent à eux sont forts et sont les mêmes, parfois, que ceux éprouvés jadis dans les familles biologiques tissées serrées. Les sentiments d’appartenance et de solidarité sont là ! Or, ils ont pris d’autres formes. Mais est-ce l’esprit de famille pour autant ?

Comme le dit l’adage : « On ne choisit pas sa famille, mais on choisit ses amis. »

Il y a aussi le populaire esprit de famille composé uniquement du père, de la mère et des enfants. Je l’appelle la micro-famille. Son esprit de famille se limite à son clan et met sur pause, ou de côté, la famille élargie avec les grands-parents, les frères et sœurs… Peut-être vise-t-elle ainsi à éviter les conflits familiaux ou une trop grande proximité avec les proches ? Cela fait aussi partie de la vie d’aujourd’hui.

À ma connaissance, il existe peu d’études sur le sujet de ma chronique et peu de définitions aussi sur l’esprit de famille. La modernité a transformé à la fois l’esprit et le mot. La bienveillance vient d’ailleurs…

Bref, j’en parle. J’en parle… mais je n’ai toujours pas de réponse claire à ma question de départ : c’est quoi au juste l’esprit de famille ? En revanche, quand j’y pense, j’affiche toujours un petit sourire en coin car l’expression, à mon humble avis, a perdu un peu son sens, mais pas de son importance. Le contexte et les valeurs ont changé. Il faudrait alors peut-être l’ajuster en conséquence. Qu’en pensez-vous ?

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One Comment

  • Bonsoir Marie !

    Quel soulagement de lire votre chronique sur l’esprit de famille ! Moi qui me croyais seule victime d’un  » ostracisme familial incompris voire injustifié et en avais nourri de la rancœur en sus d’en être triste et inquiète, je découvre que c’est en réalité un phénomène de société, une caractéristique des nouvelles générations… des générations post trente glorieuses
    Comme le bon sens, en période de prétendue « pandémie », voilà donc l’esprit de famille décrété « has been », moribond et même bien mort et enterré… au Canada comme en France. Grâce à votre article, Marie, me voilà soudain libérée et rassérénée : je peux maintenant accepter que mon fils aîné, un quinqua, ait choisi de vivre replié sur son clan familial (qui intègre qd mm ses beaux-parents) pour éviter le conflits de famille avec une mère trop prévenante et inquiète. Le cadet semble prendre la même direction : venu me voir en coup de vent, pour le jour de l’an, avec « sa famille » (il habite à 30 mn de chez moi !) il m’a donné l’impression d’avoir fait sa B.A., expédié son devoir filial. Aucune attention affectueuse ni attente fébrile de récits, de souvenirs, de partage d’expérience, aucune sollicitude à mon égard ni même l’envie de partager un temps de détente ludique avec ses enfants (15 ans) ; aussitôt avalée la part de galette, aussitôt repartis ! Certes, c’était lendemain de réveillon mais tout de même, de mon temps (!), nous tenions la route, nous les jeunes, nous assumions nos choix sans manquer d’égard pour les anciens. Nous savions la valeur de leur parole, la richesse de leur vécu, nous étions avides de Savoir, d’Histoire, d’anecdotes d’un temps révolu bien plus trouble (quoique… ?) celui d’aujourd’hui. Merci Marie pour votre pertinente réflexion qui relève d’un constat que j’avais évidemment fait, moi aussi, mais dont je m’attribuais la responsabilité. Ouf ! Je ne suis pas seule !! Autres temps, autres mœurs. Me voilà guérie de tout ressentiment : la vie de famille en 2024, c’est comme ça, « chacun chez soi et les vaches seront bien gardées ». Chacun sa route, chacun son chemin !

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