Le Prix du Québec 2022 pour le chercheur Michel Gauthier

Les multiples accomplissements du chercheur orléanais Michel Gauthier ont été reconnus par le gouvernement du Québec qui lui a attribué le Prix du Québec 2022 – Recherche et développement en milieu industriel.

Plus spécifiquement, le résident de Saint-François et de La Prairie a reçu le prix Lionel-Boulet des mains du ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, dans le cadre d’une soirée présentée le 30 novembre au Palais Montcalm, à Québec. 

Michel Gauthier se veut un acteur incontournable de la recherche sur les batteries au lithium. Sa carrière a généré d’importantes retombées économiques au Québec, dont l’implantation de l’usine de batteries Blue Solutions, à Boucherville, et de l’usine de phosphate de fer de Johnson Matthey, à Candiac. En compagnie de son fils Laurent, il travaille actuellement au démarrage d’une autre entreprise, Ignis Lithium, qui misera sur un nouveau procédé de fabrication du phosphate de fer comme matériau de batterie.

« Cet honneur que je partage avec mon épouse m’apporte de la satisfaction, mais surtout pour mes proches et pour les gens avec qui j’ai travaillé. J’ai été présent pour mes enfants, mais j’ai été souvent parti en raison de l’aspect international de mes recherches. Mes enfants sont fiers, car ils constatent la nature de mes accomplissements. Ce prix apporte de la crédibilité à notre nouvelle entreprise et crée des opportunités pour le stockage électrique », a commenté le natif de Trois-Rivières.

D’aussi loin qu’il se souvienne, Michel Gauthier a toujours été habité par un enthousiasme, un idéalisme et un désir d’apprendre ; des qualités qu’il a héritées de sa mère. Orphelin d’un père mort à la guerre, le jeune Michel est engagé par la Shawinigan Water And Power Company, qui fera partie d’Hydro-Québec après la nationalisation accomplie par René Lévesque. Il y travaille plusieurs étés.

Aussi passionné par l’histoire que par les sciences, il choisit d’étudier en chimie à l’Université de Montréal et obtient son doctorat en électrochimie en 1970. Ses études postdoctorales l’amènent à passer deux ans à Grenoble où il se spécialise en électrochimie des solides à l’École nationale supérieure d’ingénieurs.

De retour au Québec, en 1972, il amorce une fructueuse carrière de 27 années chez Hydro-Québec et se joint à l’équipe de Lionel Boulet, qui vient de créer l’Institut de recherche d’Hydro-Québec (IREQ).

« C’était un visionnaire. Au-delà d’Hydro-Québec comme producteur d’électricité, il souhaitait, par la recherche, aller encore plus loin dans l’industrialisation et faire entrer le Québec dans l’ère moderne. J’ai embarqué dans ce rêve-là ! », a raconté le chercheur.

« À partir du moment où l’on fabriquait beaucoup d’électricité, la question, c’était : « Que peut-on faire d’utile avec cette électricité ? » Le véhicule électrique était déjà dans ma tête, à cette époque. »

Michel Gauthier développe une expertise sur les accumulateurs au lithium pour répondre aux besoins de stockage chimique de l’énergie électrique. Il travaille sur le projet Accumulateur à électrolyte polymère (ACEP) et, en 1999, figure comme inventeur sur 36 des 108 familles de brevets détenus par Hydro-Québec pour cette technologie. Ses réalisations ont permis au Québec de se placer en tête de peloton dans la mise au point des premiers accumulateurs tout solide.

L’Après Hydro-Québec

Soucieux du développement local, le chercheur contribue à mettre sur pied des filiales d’Hydro-Québec, soit la coentreprise ACEP avec la société japonaise Yuasa et la filiale Argo-Tech en lien avec la société américaine 3M et le US Advanced Battery Consortium, pour commercialiser les brevets sur les accumulateurs. Il dirige alors trois équipes de 145 chercheurs, ingénieurs et techniciens.

Par la suite, Argo-Tech devient Avestor, puis Blue Solutions Canada. Propriété de la multinationale Bolloré, l’usine de Boucherville compte aujourd’hui quelque 170 employés. La production de l’entreprise, qui a fabriqué la première batterie tout solide au monde, repose sur les brevets liés à la technologie ACEP.

En 1999, Michel Gauthier quitte l’IREQ. Il se lance en affaires à titre de conseiller scientifique, devient chercheur invité au département de chimie de l’Université de Montréal et fonde, en 2001, l’entreprise Phostech Lithium. Son but : implanter au Québec la première usine de production de phosphate de fer au monde, un matériau d’électrode susceptible de remplacer l’oxyde de cobalt dans les accumulateurs au lithium-ion.

Le projet culmine avec l’ouverture, en 2006, d’une première usine à Saint-Bruno-de-Montarville. Une seconde installation, d’une plus grande capacité de production, voit ensuite le jour à Candiac. L’entreprise produit maintenant des matériaux de batterie sous le nom de Johnson Matthey Battery Materials.

Le chercheur poursuit aujourd’hui son rêve de faire évoluer l’industrie en s’affairant au démarrage d’Ignis Lithium. Son fils Laurent participe au projet avec lui. « Ce sera probablement ma dernière aventure scientifico-commerciale », lance-t-il, en mentionnant que Tesla utilise maintenant le phosphate de fer dans ses voitures électriques.

Innovateur et entrepreneur hors pair, Michel Gauthier contribue à stimuler le développement économique à partir de la propriété intellectuelle. « L’idée, c’est de prendre des brevets pour renforcer notre position et aller chercher des partenaires d’envergure », fait-il remarquer.

Pour la fabrication du phosphate de fer, il négocie l’accès à deux familles de brevets clés : l’une auprès de l’Université de Montréal et l’autre auprès du Dr John Goodenough, lauréat du prix Nobel de chimie en 2019. 

Michel Gauthier est heureux des retombées engendrées par ses recherches. Des entreprises bien implantées fabriquent ce qu’il avait en tête il y a 50 ans. « La question de l’énergie, c’est un enjeu majeur présentement avec le réchauffement climatique. Je suis fier d’avoir apporté ma petite contribution dans un domaine qui préoccupe l’humanité. »

Passionné de maisons ancestrales

Si Michel Gauthier habite Saint-François depuis 10 ans, il le doit à sa passion pour les maisons ancestrales et les vieux meubles.

« Les plus belles demeures ancestrales proviennent de l’île d’Orléans et de la Côte-de-Beaupré. Un jour, l’antiquaire Gérard Bourguet, de la rue Saint-Paul, à Québec, m’avise qu’une maison comme je les aime et très bien restaurée est à vendre à Saint-François. Après une visite avec ma conjointe, nous l’avons achetée », a raconté celui qui s’amuse à produire un peu de sirop d’érable avec sa petite érablière de 125 entailles.

Michel Gauthier a reçu son prix des mains du ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon. ©Courtoisie

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