Je me permets de rebondir sur le cas médiatisé de Julien Lacroix, humoriste accusé il y a deux ans d’agressions sexuelles par des femmes sur la plate-forme du mouvement #MoiAussi, car, hélas, d’autres noms s’ajoutent depuis à cette liste de dénonciations !
Ce n’est pas tant la cause qui m’agace, mais la confiance qu’on voue trop souvent aux médias sociaux. Même si je réalise que le mouvement a fait du chemin pour dénoncer l’attitude inacceptable de certains hommes envers des femmes, il n’en reste pas moins que le moyen en ligne utilisé fait peur… me fait peur. Est-ce la bonne façon de régler les cas d’inconduites et d’agressions sexuelles ?
La dénonciation sur la place publique, qu’on appelle le tribunal populaire, ne date pas d’hier. J’en ai déjà parlé dans une de mes chroniques antérieures. Mais, je tiens à y revenir. Dès le 17e siècle et même avant, il existait déjà des moyens draconiens pour dénoncer des gens aux mauvaises pratiques ou qui ne respectaient pas les lois ; encore aujourd’hui, dans certains pays, on pourrait en parler longtemps…
On les appelait, à l’époque, les bouches de lion ou Bocca di Leone, à l’image des boîtes aux lettres. Les Vénitiens y glissaient un billet pour dénoncer quelqu’un. En se promenant dans la cité des doges, on peut en voir encore à proximité des palais. Des hommes ont été jugés sévèrement par ces accusations.
Par exemple, quelqu’un qui coupait un arbre dans un secteur défendu pouvait être passible de la peine de mort ou d’emprisonnement. C’est d’ailleurs de cette façon que le célèbre Giacomo Casanova s’est retrouvé derrière les barreaux puisqu’une missive anonyme avait dénoncé ses mœurs libertines. Et Venise n’était pas la seule ville à suivre ce protocole qui remonte au Moyen Âge et à la Renaissance.
On avance ou on recule ?
Plusieurs siècles plus tard, j’ai l’impression qu’on retourne en arrière. On est passé de la Bocca di Leone à la plateforme du tribunal populaire modernisé. Le pire, c’est qu’actuellement, elle vole la vedette au système de justice public jugé trop souvent, à tort ou à raison, inefficace. Mais je me demande si c’est le meilleur moyen pour régler les cas d’agressions sexuelles ?
À mon avis, il faut nuancer. Et la meilleure réponse vient de Jenny Charest, directrice générale du Centre d’aide aux victimes d’actes criminels de Montréal. À l’émission Tout le monde en parle, le 20 novembre dernier, cette dernière a suggéré, à la suite de l’intervention explosive d’une des jeunes femmes victimes de l’humoriste ayant souffert des suites de sa dénonciation virtuelle, de consulter avant d’agir. Cet organisme aide les victimes à prendre une décision plus éclairée avant de porter plainte. Et, vous savez quoi ? Je crois qu’elle a raison.
Sources : https://venise–venice.com/bocca–della–verita/
RAVARY, Lise « Qu’est-ce qu’une agression sexuelle en 2022 ? », Le Soleil, 19 novembre 2022


