Les Noëls à l’île d’Orléans sont parmi les souvenirs qui me sont les plus chers, moi qui suis née près du fleuve Saint-Laurent dans un décor champêtre. En cette période des Fêtes, quoi de plus réjouissant que de se rappeler ces Noëls en famille comme ceux qui ont teinté ma jeunesse.
Retour en arrière. Chez nous, la fête de Noël c’était tout un événement ! Dans un univers tranquille, Noël venait briser la monotonie du quotidien. Rien donc n’était laissé au hasard. On planifiait longtemps d’avance. Souvent, les femmes faisaient tout elles-mêmes. Avec peu de moyens, elles réussissaient à faire des miracles et à rendre l’ambiance à la hauteur de nos attentes imaginaires.
Dès le 23 décembre, et même avant, maman s’affairait à la tâche. Elle préparait son repas de la nuit du 24. Comme ça sentait bon dans la maison ! L’odeur de la dinde farcie qui cuit lentement au four nous mettait, non seulement l’eau à la bouche mais aussi dans l’esprit des Fêtes. En véritable petite fourmi, elle travaillait fort pour nous préparer toutes sortes de gâteries comme des beignes pour faire plaisir à tout le monde. Et, la chanceuse, pouvait toujours compter sur mon père pour la traditionnelle bûche de Noël, lui qui y mettait autant de cœur et d’ardeur qu’à son ouvrage comme boulanger du village.
Telle une fée, maman décorait l’intérieur de la maison de guirlandes aux couleurs de sucettes de noël pour la rendre plus étincelante. Notre petit chien Thomas, subissait le même sort. Elle lui passait au cou, non sans effort, son traditionnel ruban rouge en satin qu’il tentait d’expulser en vain sous le regard amusé des enfants.
Le beau sapin habillé de boules de Noël dorées et de glaçons scintillants trônait dans le salon. Il nous faisait rêver de cette nuit magique qui nous réservait bien des surprises. Je me souviens de notre désinvolte chat noir et blanc qui empruntait l’une de ses branches pour dormir la queue pendante et nerveuse au-dessus des cadeaux joliment emballés de papiers colorés.
Mais le moment le plus enivrant de cette fête c’était quand nous nous rendions toute la famille à pied à l’église de Sainte-Famille pour la messe de minuit. Même les jours de tempête, nous marchions de dos pour éviter le froid et la neige grésillante qui fouettait le visage. Nous étions si fiers et confiants de nous rendre au deuxième balcon de cette petite église pour chanter des cantiques de Noël. Nous les avions répétés souvent avec des jeunes du coin et mon père, lui, l’homme de peu de mots, les entonnait avec le même entrain qu’un chanteur populaire. Après la messe, tout le monde fraternisait sur le parvis de l’église. On se souhaitait, l’air souriant, un joyeux Noël dans le temps ou l’anonymat n’existait pas.
Sur le chemin du retour, les cloches de l’église résonnaient dans le ciel étoilé de cette île enchanteresse. On mangeait, on rigolait, on ouvrait nos cadeaux avec une musique d’ambiance que mon père aimait faire jouer année après année. Après, accompagnés de ma mère au piano, on chantait Noël en chœur avec le même enthousiasme qu’à la messe. C’était ça Noël chez nous à la campagne ! Joyeux Noël !


