La pandémie de Covid-19 et d’autres événements ont privé le village de Sainte-Pétronille de la possibilité de commémorer plusieurs de ses anniversaires : celui de la fondation de la paroisse (1870), ceux de l’ouverture au culte de l’église (1871) et de l’élévation du clocher (1873) et celui de la municipalité (1874). Le Centre culturel Robert-Martel souhaite documenter les origines de Sainte-Pétronille et, dans cette optique, une conférence fut offerte en avril, présentant le premier curé de la paroisse, Pascal-Joseph Verbist, prêtre d’origine belge qui fut un véritable météore dans le ciel du Québec et de l’île d’Orléans, de 1871 à 1874.
Nous publions dans ce numéro du journal le premier volet d’un portrait du curé Verbist, de Sainte-Pétronille. Deux autres portions de ce texte paraîtront en octobre et novembre..
L’agent d’immigration
Arrivé au Québec en 1871, l’abbé Verbist s’est fait rapidement connaître comme un missionnaire actif aux méthodes modernes, un passeur des deux mondes. On peut dire qu’il fut un personnage hors norme. Il savait manifestement plaire et convaincre. Avec assurance, il s’est lancé dans des entreprises souvent audacieuses, avec plus ou moins de succès, il faut le dire, mais toujours avec une foi et une énergie capable de déplacer les montagnes.
Un sacerdoce entre péché et rédemption
Pascal-Joseph Verbist est né à Herselt, près d’Anvers, en 1829. Il fait de brillantes études et se destine au sacerdoce. Il est ordonné prêtre le 20 décembre 1851, à l’âge de 22 ans. Il travaille d’abord comme prêtre diocésain séculier dans des villages de la province d’Anvers, puis à la paroisse Saint-André d’Anvers (1858-1867). C’est dans cette ville qu’il cumule des problèmes et qu’il se retrouve fortement endetté, ce qui laisse croire à une dépendance au jeu ou à des trafics à la limite de la légalité.
Face à ce problème, son archevêque le retire de son poste et l’envoie suivre une retraite stricte en Allemagne, chez les Dominicains, à Düsseldorf, et l’enjoint à y demeurer le temps qu’il faudra. Il y est resté pendant plus d’un an.
À l’issue de cette période de réflexion expiatoire, Verbist rentre en Belgique et est attaché à la paroisse Saint-Nicolas, à Bruxelles (1868-1869). Plein d’élan et de repentance, humblement soumis à son évêque et à son nouveau curé, l’abbé Verbist rêve de missions étrangères et il veut aider ses compatriotes.
Les missions lointaines pouvaient l’éloigner des lieux de sa faute et lui permettre de refaire sa vie ailleurs. Cet ailleurs sera finalement le Nouveau Monde. Il découvre le Québec par la lecture de brochures du gouvernement québécois destinées à attirer de nouveaux immigrants. L’idée de participer à l’établissement d’une colonie belge au Québec lui donne des ailes. Il contacte des agents d’immigration et de hauts fonctionnaires québécois.
Pascal-Joseph Verbist obtient de son évêque l’autorisation de se rendre au Québec. L’abbé Verbist reçoit les créances et recommandations d’usage auprès des autorités locales. Il quitte l’Europe le 20 octobre 1871 et débarque à Québec le 3 novembre suivant. Il est chaleureusement accueilli par le nouvel archevêque de Québec, Mgr Elzéar-Alexandre Taschereau qui l’héberge à son palais épiscopal.
Il rencontre aussitôt le premier ministre P.-J.-O. Chauveau et ses fonctionnaires, multiplie les visites et entreprend une tournée du Québec. On le retrouve à Sherbrooke, à Mégantic et dans le comté de Dorchester où une petite communauté belge est déjà installée. Il se rend également dans l’Outaouais où quelques colons belges ont fondé un village qui portera plus tard le nom de Namur.
Des talents vantés
Il ne manque pas de se rendre à Ottawa où il rencontre le ministre fédéral de l’Agriculture, John Henry Pope. Il est reçu par le gouverneur général, lord John Young Lisgar, et par le très important sir George-Étienne Cartier qui dominait toutes les actions politiques au Québec à cette époque.
Dès décembre 1871, le premier ministre Chauveau vante, à l’Assemblée législative, les talents de recruteur de l’abbé Verbist. Le 22 janvier 1872, il est nommé agent officiel d’immigration pour la Belgique, l’Allemagne et la France par le gouvernement du Québec. Il touche un salaire généreux pour l’époque de 150 $ par mois, mais avec ces émoluments il doit assumer tous ses frais et autres dépenses nécessaires au succès de son agence.
Verbist retourne en Belgique dans la dernière semaine de janvier 1872 pour recruter des immigrants belges. Pendant sa traversée de l’Atlantique, il rédige une brochure destinée aux futurs immigrants en français, mais aussi en flamand et en allemand. Intitulée Les Belges au Canada, elle est tirée à 20 000 exemplaires. Il parcourt l’Europe comme un propagandiste du Québec et il fait goûter, à qui veut bien, du sucre d’érable qu’il se fait livrer.
Gilles Gallichan
Bibliothécaire et historien
Centre culturel Robert-Martel de Sainte-Pétronille
Vignette : M. le curé Verbist, d’après un dessin de Hélène Faber. ©Hélène Faber


