Il y a des mariages qui connaissent plus de succès que d’autres. Celui entre les variétés de pommes Empire et Honeycrisp a donné un résultat probant, si bien que la variété Orléans, développée entièrement à Sainte-Famille par les Vergers Turcotte et l’agronome Serge Mantha, fait cet automne son entrée à grande échelle sur le marché québécois.
Issues d’un développement amorcé en 2000, environ 750 000 pommes Orléans seront distribuées cette saison, notamment chez Metro et Costco. L’objectif est d’atteindre éventuellement 10 millions de pommes par année d’ici cinq ans.
« Il en a fallu du temps, de la patience et de l’observation pour concrétiser ce projet qui nous avait été proposé par Serge. Quand on pense qu’un pépin créé en 2000 a donné un pommier l’année suivante, puis 60 000 au Québec aujourd’hui », affirme le copropriétaire des Vergers Turcotte, François Turcotte.
En 1987, une vingtaine de pomiculteurs de la région de Québec, dont les Vergers Turcotte, lancent un club d’encadrement technique et mandatent l’agronome Serge Mantha de moderniser les vergers de pommiers standards existants. Dès 1989, apparaissent les premiers pommiers nains et six ans plus tard, M. Mantha propose de créer une nouvelle variété à partir des deux meilleures variétés existantes, l’Empire et la Honeycrisp.
« Avant que la fleur de la Honeycrisp ne s’ouvre au printemps, nous avons enlevé les pétales et utilisé une pince à sourcils pour prélever le pollen et le mettre dans une éprouvette. Avec un pinceau, nous avons saupoudré du pollen de la Honeycrisp sur la fleur de l’Empire, après lui avoir enlevé les pétales. Enfin, nous avons installé un filet par-dessus pour éviter toute contamination et préserver la pureté du croisement. À l’automne, nous avions une pomme. La génétique est située dans le pépin que nous avons mis en hibernation puis, en mars, nous avons semé le pépin en serre. En juin, nous nous sommes retrouvés avec un petit pommier de 15 cm. Ensuite, on se prend une chaise et on attend 10 ans avant d’avoir des pommes produites à partir de 400 pépins différents qui ont donné 400 pommiers uniques », raconte M. Turcotte comme si c’était hier. Parmi les variétés obtenues, une s’est distinguée du lot par sa belle couleur rouge vif et sa belle forme.
« Nous avons établi trois critères de réussite : un bon goût, une production annuelle assurée et surtout, une bonne conservation en hiver. Nous avons fait des tests à l’aveugle et de réfrigération qui se sont avérés concluants », ajoute celui qui agit comme vice-président des Producteurs de pommes du Québec.
Selon François Turcotte, l’Orléans présente un bel équilibre entre la saveur acidulée et sucrée. Elle est très appréciée pour son côté croquant. Après avoir breveté la nouvelle variété en 2017, la production a été amorcée. Un pépiniériste de Mirabel a été mandaté pour assurer la multiplication par greffe des pommiers. À Sainte-Famille même, on en compte 3 000.
Efforts récompensés
Appuyé de son frère Luc et de la relève familiale, Myriam et Marc-Antoine, François Turcotte n’a jamais pensé au début de l’aventure que tous leurs efforts auraient été récompensés par ce produit exceptionnel.
« On vivait d’espoir. On souhaitait créer une variété qui nous permettrait de rivaliser avec les États-Unis. Au Québec, 50 % des pommes sont importées de nos voisins du sud. De plus, plusieurs des nouvelles variétés proviennent de l’extérieur », soutient M. Turcotte.
« Nous avons convenu une entente avec la Maison de la pomme, à Frelighsburg, en Estrie. Elle possède l’exclusivité de la distribution dans les chaînes alimentaires », souligne-t-il en lien avec la mise en marché.
Photo : François Turcotte présente la pomme Orléans qui pousse dans un verger à Sainte-Famille. © Marc Cochrane



