Comme baptême de feu au Québec, l’ingénieur civil orléanais Olivier Pouliot ne pouvait demander mieux. Après avoir réalisé des projets d’envergure un peu partout au Canada, voilà que le résident de Sainte-Pétronille se voit confier la gestion d’installation des 57 pieux-caissons du côté nord du chantier du nouveau pont de l’Île-d’Orléans.
À l’emploi de l’entreprise Bauer Foundations Canada, un sous-traitant du Groupe Héritage Île d’Orléans, depuis deux ans, M. Pouliot supervise trois équipes qui comptent présentement 55 employés.
« Jusqu’à présent, nous avons installé 42 pieux-caissons permanents sur les 57 prévus. Les travailleurs sont à pied d’œuvre 24 heures par jour, sept jours par semaine, afin que les travaux soient terminés avant Noël », explique Olivier Pouliot.
L’ingénieur de 33 ans précise que le côté sud du pont ne nécessite pas de pieux-caissons puisque la formation rocheuse est située à la surface.
Cependant, du côté nord, il faut implanter des pieux-caissons de 2,5 m de diamètre, à des profondeurs allant de 25 à 112 m, puisque le roc est très profond du côté nord, soit d’environ 100 m aux endroits les plus creux.
« Nous avons récemment atteint une profondeur de 102,66 m, établissant ainsi un nouveau record canadien le 29 mai 2026. Dans les prochains jours, nous allons battre notre propre record en coulant un pieu de 112 m, le plus profond du projet, un record nord-américain cette fois-ci. Dommage que nos réalisations ne puissent pas être admirées puisqu’elles sont sous l’eau », commente le diplômé en techniques de génie civil du cégep Beauce-Appalaches et de l’École de technologie supérieure de Montréal.
Parmi ses fonctions, Olivier Pouliot gère les aspects techniques, les coûts et les échéanciers du chantier, ainsi que les méthodes de construction.
« Je délègue beaucoup, même si je consacre plus de 60 heures par semaine à mon travail. Nous avons six ingénieurs de chantier et trois surintendants qui supervisent les travaux », souligne-t-il.
M. Pouliot se réjouit que la majorité des travailleurs proviennent de la région de Québec, alors que ce n’était pas le cas au début.
« Nous les avons formés. La plupart de nos travailleurs n’avaient pas l’expertise des fondations profondes. Aujourd’hui ils contribuent à la réalisation d’un grand projet et tous performent très bien », soutient M. Pouliot en ajoutant qu’il en allait de même pour la centaine de fournisseurs locaux impliqués dans les opérations.
Technique unique
Leader mondial dans le domaine des pieux-caissons, Bauer Foundations Canada, une filiale de la société mère allemande Bauer Spezialtiefbau GmbH implantée dans plus de 40 pays, a mis de l’avant une technique unique au Québec.
La méthode de tubage partiel pousse les limites de l’ingénierie des fondations profondes en tenant compte des marées, de la contrainte géotechnique de la faille de Logan et de la profondeur extrême du socle rocheux.
« Cette méthode de Bauer est éprouvée ailleurs dans le monde et maintenant appliquée chez nous », mentionne M. Pouliot.
À l’entrée nord du pont, se trouvent les installations de bentonite qui servent à supporter l’excavation des pieux-caissons. La bentonite consiste en de l’argile naturelle et de l’eau employée comme boue de forage pour lubrifier et stabiliser les parois de l’excavation.
« Nous forons avec de la bentonite. Ensuite, nous nettoyons le pieu et récupérons la bentonite souillée que nous nettoyons et réutilisons en boucle pour les autres pieux », note Olivier Pouliot.
La foreuse « Orléans »
Bauer Foundations fabrique ses propres équipements et foreuses à Schrobenhausen, près de Munich, en Allemagne. La foreuse BG-55, présentement la plus grosse au Canada, est fraîchement sortie de l’usine à l’hiver 2025. Chez Bauer, chaque nouvelle foreuse reçoit un nom, comme les bateaux. Elle a donc été baptisée « Orléans », un nom qui va la suivre partout dans le monde.
Sur les traces de son père
Si Olivier Pouliot a eu la piqûre de l’ingénierie civile, c’est grâce à son père Denis qui l’a emmené sur des chantiers de barrages alors qu’il avait 18 ans.
Après avoir terminé ses études spécialisées, il a participé à des projets d’envergure qui l’intéressaient, dont la construction d’une importante centrale hydroélectrique de 700 mégawatts au Manitoba. Son parcours à travers le pays l’a finalement ramené tout près de chez lui.
Fier de ses racines
Conférencier à GéoQuébec, le 79e congrès canadien en géotechnique, qui s’est tenu du 13 au 16 septembre au Centre des congrès de Québec, Olivier Pouliot affiche une grande fierté envers ses racines orléanaises.
« Mon ancêtre Charles Pouliot était charpentier et a construit le moulin à eau à Sainte-Famille en 1664 », rappelle le papa d’un enfant d’un an.
Photo : Olivier Pouliot voit à ce que l’installation des 57 pieux-caissons du côté nord du chantier du nouveau pont de l’Île-d’Orléans soit terminée avant Noël. © Christine Gignac



