Restrictions de charges sur le pont de l’île : La patience des agriculteurs mise à rude épreuve

Dès 2020, la Fédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de la Capitale-Nationale–Côte-Nord (CNCN) et l’UPA de l’Île d’Orléans ont multiplié en vain les démarches auprès du gouvernement du Québec afin que les producteurs agricoles de l’île puissent obtenir une compensation financière à la suite des restrictions de charges imposées aux camions par le ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD) en raison de la vétusté du pont. Aujourd’hui, la patience des agriculteurs est mise à rude épreuve puisque ces limites de poids augmentent le nombre de transports de produits mais entraînent aussi des coûts additionnels pour des projets d’expansion.

Le président de l’UPA de l’Île d’Orléans, François Blouin, déplore cette situation qui perdure depuis six ans et qui devrait se poursuivre jusqu’à l’ouverture du nouveau pont, prévue en 2028 si l’échéancier est respecté.

« Nous avons fait notre travail mais nous recevons toujours une fin de non-recevoir du MTMD qui souhaite ne pas créer un précédent au Québec. Notre situation est unique. Nous n’avons qu’une façon de nous rendre sur la rive nord et c’est par le pont. En plus, les frais occasionnés par les restrictions de charge sont répartis sur plusieurs années. Le coût de l’essence diesel a presque triplé depuis 2020 », commente M. Blouin.

Il se questionne aussi sur le rôle des élus dans le présent dossier.

« Lors de l’annonce du nouveau pont en avril 2024, à l’Espace Félix-Leclerc, nous avons rencontré la ministre du MTMD de l’époque, Geneviève Guilbault, et je me suis aperçu que les décisions étaient davantage prises par les hauts fonctionnaires que par la ministre, qui semblait avoir une marge de manœuvre limitée. Elle reprenait essentiellement les informations transmises par ses sous-ministres. Je crois que cette façon de faire a toujours existé », affirme François Blouin.

Le président de l’UPA de l’Île d’Orléans n’adresse pas de reproches au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) mais bien au MTMD.

« Ce n’est pas la faute du MAPAQ si le MTMD a retardé la construction du nouveau pont. Nous, nous ne voulions qu’un lien entre l’île et Québec. Le MTMD a décidé d’un pont grandiose, beau et cher », ajoute-t-il.

La conseillère en communication de la Fédération de l’UPA de la CNCN, Catherine Vigneault, explique, à titre d’exemple, qu’en raison des limites de charge pour le transport des pommes de terre, il est nécessaire de prévoir cinq voyages plutôt que quatre afin de respecter la limite de charge. La même chose s’applique aux bétonnières.

Pas le choix

Un bel exemple de coûts supplémentaires entraînés par les limites de charge sur le pont se vit à la Ferme Avicole Orléans de Sainte-Famille.

« Comme la demande en volaille augmente, nous devons construire un nouveau poulailler. Nous ne pouvons pas attendre. Mais comme la bétonnière est limitée à une charge de 4,5 à 5 m³ au lieu de 8 à 9 m³, cela nécessite deux bétonnières au lieu d’une, donc ça double les frais. Ça mobilise forcément l’usine de béton. Si j’avais l’option de faire un détour, je le ferais, mais je ne peux pas », explique le copropriétaire de la Ferme Avicole Orléans, François Turcotte.

Même son de cloche chez la Ferme laitière Trois Côtes à Saint-Pierre.

« Notre fille Allison a un projet de traite robotisée et de mise aux normes du bien-être animal. Même si les coûts de transport pour le béton vont faire grimper la facture du projet, elle ira de l’avant à l’automne 2027 », précise le copropriétaire de la Ferme Trois Côtes, Martin Vézina, qui, en compagnie de sa conjointe Annie Châteauneuf, appuie sa fille dans ses démarches.

L’industrie touchée aussi

Seule industrie sur l’île, De Bois Blouin à Saint-Jean, est touchée de façon majeure depuis la mise en place de cette restriction.

« Les quatre essieux sont pénalisés. Ils sont passés de 57,5 tonnes à 48. Cela nécessite cinq chargements au lieu de quatre pour les quatre essieux. Cela représente des coûts majeurs surtout en ce moment avec les augmentations de carburant », affirme le président et directeur des opérations chez De Bois Blouin, Rémi Blouin.

« Comme nous transportons du matériel relativement lourd, cela représente des coûts annuels additionnels d’environ 75 000 $ depuis le début des limites de charge. Tout ce qui entre et qui sort est affecté. Nous sommes probablement l’entreprise la plus touchée sur l’île », ajoute-t-il.

Aucun programme de compensation

Selon le porte-parole du MTMD, Nicolas Vigneault, le ministère est conscient des inconvénients que peuvent entraîner les restrictions de charge sur les structures.
« Toutefois, ces mesures sont nécessaires pour assurer la sécurité des usagers ainsi que la pérennité des structures. Dans le cas du pont actuel de l’Île-d’Orléans, ces mesures sont essentielles pour préserver la sécurité et la fonctionnalité de l’ouvrage jusqu’à la mise en service du nouveau pont qui est présentement en construction. Le MTMD ne possède aucun programme de compensation pour les travaux ou les restrictions de charge qu’il met en place sur son réseau », soutient M. Vigneault.

Photo : En raison de son âge avancé de 91 ans, le pont de l’Île-d’Orléans ne peut plus accepter des charges normales comme autrefois. © Marc Cochrane

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