Deux sculpteurs de l’Île, Philippe Pallafray de Sainte-Pétronille et Bernard Hamel de Saint-François, sont à l’honneur cet été. Le premier a été l’un des dix sculpteurs sélectionnés par Beauce Art dans le cadre de la troisième édition du Symposium international de la sculpture de Saint-Georges de Beauce. Le second a vu son œuvre Jonctions retenue lors du Concours annuel d’art public de Sainte-Pétronille en plus de récolter tout récemment, et pour la troisième année consécutive, le premier prix du public lors du 23e festival de sculpture Camille-Claudel de La Bresse en France. « Chouchou du public » a titré le journal Vosge Matin au lendemain de l’attribution des prix.
Aquagraphie de Philippe Pallafray[i]
Connu jusqu’ici pour ses ingénieux amalgames de matériaux aussi divers que le bois, le plexiglas et le métal, qui donnent forme à des meubles, à des tableaux et à des sculptures, Philippe Pallafray œuvre par les temps qui courent à des sculptures constituées d’assemblages de volumes métalliques creux à géométries diverses. Son Aquagraphie présenté au Symposium 2016 de Saint-Georges est une éloquente illustration de son travail actuel. Il s’agit, comme le suggère son nom, d’une carte géographique illustrant la confluence de trois rivières beauceronnes, La Chaudière et La Famine et la rivière Pozer, chaque portion de territoire émergé étant rendue par des plaques épaisses aux surfaces noires mimant les contours de la terre ferme. Entre ces volumes rapprochés, des vides où se manifestent ou pas, selon le point de vue, des reflets de tranches au métal poli simulant le miroitement de l’eau. En fait, un rappel subtil des soubresauts de la capricieuse Chaudière qui connait au fil des saisons, on le sait, des fluctuations qui la montrent au printemps torrent dévastateur, à l’été, mince filet d’eau qui laisse ça et là quelques flaques éparses; flaques que simulent d’ailleurs à merveille les grosses larmes brillantes posées au pied de l’œuvre monumentale. Une œuvre sobre, d’une grande simplicité qui réussit l’exploit d’une parfaite cohérence entre la forme, aux contrastes manifestes, et le sujet qui n’en est pas dépourvu (l’eau et la terre, crues importantes ou lit quasi asséché, etc.).
Jonctions de Bernard Hamel
Nos lecteurs se souviendront de lui comme organisateur et participant au premier Symposium de sculptures sur bois tenu à l’Espace Félix-Leclerc pour le 25e anniversaire du décès du poète en 2013. Il avait alors présenté La plume du poète que l’on peut encore admirer à l’entrée du bâtiment. Le sculpteur a fait du chemin depuis et ses œuvres sont particulièrement appréciées en raison du fait, peut-on le penser, qu’elles racontent des histoires touchantes avec un minimum de moyens. Son Hommage à Camille Claudel ou à la condition féminine, qui lui a valu cette année encore d’être lauréat du Prix du public du festival de La Bresse, est une oeuvre énigmatique et troublante qui montre une jeune femme blessée, bras croisés sous sa cape, dont la vue est obstruée par un bandeau. Les plis spiralés de la carpe ne suggèrent-ils pas le parcours tourmenté de sa Camille, soumise métaphoriquement à ce jeu cruel où l’on donne le tournis à une personne, à qui on a bandé les yeux, en la faisant tourner sur elle-même? Inspiré par Le psaume, une sculpture de Camille Claudel, Bernard Hamel nous dit avoir voulu rendre hommage à cette grande artiste, abandonnée par les siens et enfermée durant des décennies dans un hôpital psychiatrique. Sa double condition de femme éprise de liberté et de sculpteure à l’immense talent lui aurait valu la réprobation sociale d’autant plus qu’elle risquait de jeter de l’ombre à Rodin, son célèbre amant, et à l’écrivain Paul Claudel, son frère. Une oeuvre devant laquelle personne ne peut rester indifférent tant elle nous fait partager le malêtre de l’enfermement.
Quant à Jonctions, oeuvre primée au Concours 2016 d’art public de Sainte-Pétronille, elle s’inscrit davantage dans une narration faite de symboles que dans la charge émotive, bien qu’elle n’en soit pas totalement dépourvue en raison notamment des ces longues poutres verticales effilées qui pointent vers le ciel. L’artiste dit de sa sculpture qu’il s’agit « d’un rappel iconographique du passé du quai de Ste-Pétronille ». Y sont représentés trois piliers de quai, traversés de part en part par un cordage de bateau, et une toile flottant au vent qui rappelle les voiliers qui s’y sont amarrés au fil des années. À la base de la sculpture, les pavés, qui se transforment en vagues, représentent un chemin de terre qui devenait, grâce au quai, un chemin d’eau vers Québec. Une oeuvre forte et d’une pertinence évidente en bordure du Chemin du bout de l’Île.
Le projet Beauce Art – 100 sculptures dans la ville
« Parrainé par l’Organisation internationale de la Francophonie, Beauce Art a pour mandat de promouvoir la sculpture par le biais d’une série de 10 symposiums annuels. Ainsi, chaque année, 10 sculpteurs invités issus de la francophonie seront réunis pendant 3 semaines à Saint-Georges pour créer en direct des œuvres permanentes qui constitueront, à terme, un parcours muséal de 100 sculptures unique au monde. Plus qu’une manifestation artistique, Beauce Art est l’occasion pour les artistes, la municipalité et leurs différents partenaires de tisser et solidifier des relations d’amitié et de collaboration avec l’Organisation internationale de la Francophonie et les différents pays qui en font partie[ii] ». L’édition 2016, Chaudierissimo, portait sur le thème de l’eau, thème d’une d’une parfaite adéquation avec le lieu d’accueil des sculptures qui est un magnifique parc semi-inondé situé à la confluence des rivières Chaudière et la Famine.
Concours annuel d’art public de Sainte-Pétronille
Le concours annuel d’art public de Sainte-Pétronille a vu le jour en 2015 à l’initiative de Robert Martel qui en assume l’animation avec une équipe de bénévoles. Ce concours vise essentiellement à doter Sainte-Pétronille d’œuvres d’art de grande qualité réalisées par des artistes de l’Île. La municipalité assume les coûts associés à la fabrication et à l’installation des œuvres. Lors de la première édition du concours, le tandem constitué de Violette Goulet et de Philippe Pallafray avait été retenu pour l’œuvre En rythme, aujourd’hui installée près du Centre Raoult-Dandurand.
[i] Voir l’article que lui a consacré Autour de l’Île dans son numéro d’octobre 2013.
[ii] Brochure Chaudierissimo, Du fantastique, de la fantaisie et de la Chaudière, Dix sculpteurs en action du 3 au 21 juin, Beauce Art – International de la sculpture. En ligne à l’adresse http://www.beauceart.com/fr/brochure-2016 .


