Germain Grenon
Foyer de charité
En regardant ce tableau de William Brymner, il m’est venu l’idée d’écrire ce conte de Noël que je partage dans la joie, avec vous. Ce tableau de Brymner, datant de 1900, nous le trouvons au Foyer de charité au 8169, chemin Royal, à Sainte-Pétronille, où nous pouvons aussi admirer huit autres tableaux du même artiste.
Conte de Noël
Quelque part dans un pays lointain, il y avait une belle et grande forêt. Les arbres s’élevaient majestueusement vers le ciel. Aussi fiers les uns que les autres, ils échangeaient des propos sur leur avenir, rêvant à ce qu’ils allaient faire.
Le chêne Robusto disait: «Un jour, je servirai à la construction d’un navire et je pourrai ainsi voyager et voir beaucoup de pays.»
Le pin Magnifico souhaitait se retrouver dans une belle maison où il servirait de table et de mobilier faisant la fierté de ses maîtres.
Le sapin Bello avait entendu dire que des gens prenaient des arbres de son espèce pour décorer leur maison lors de la fête de Noël; aussi, rêvait-il d’être décoré et admiré.
Le peuplier Alto espérait être un mât portant fièrement le drapeau national devant le palais royal.
Et puis, il y avait bien l’érable Mono, qui avait mal grandi. Jeune et déjà courbé, il n’avait pas pu prendre sa place au soleil tant les autres arbres l’avaient rabroué. Il pensait en lui-même: «Ma vie ne sera pas très utile; peut-être resterai-je dans cette forêt, complètement oublié.»
Un jour, Anatole le bûcheron vint dans la forêt. Il abattit les grands arbres qui effectivement servirent à la construction d’un bateau, au mobilier d’une maison, à la décoration de Noël et à la garde devant le palais royal. L’érable Mono n’avait pas retenu son attention. Il se sentit seul, abandonné dans la forêt dégarnie. Les années passèrent et l’érable avait grandi, mais il demeurait toujours courbé comme un vieux moine en adoration.
Mais voici qu’un soir d’hiver, alors que le vent glacial soufflait sur le village du bûcheron, un couple, venu d’un pays étranger, vint frapper à la porte d’Anatole. La belle et jeune dame était enceinte. Son mari, un homme robuste au regard franc, demanda au bûcheron le gîte pour la nuit. Ils avaient froid, ils avaient faim et puis, qui sait, si la jeune maman n’allait pas accoucher cette nuit. Le bûcheron, attendri par la scène, les accueillit et voici que dans la nuit la jeune maman mit au monde son enfant. Au beau milieu de la nuit, ses petits cris s’élevèrent telle une bonne nouvelle. Alors, une grande paix et une grande joie envahirent la maison. Le bûcheron en était tout étonné. Et puis, il réalisa que le vent s’était tu; un silence profond enveloppait la nuit, comme une ouate un vase de grand prix. Il regarda par la fenêtre. Le vent avait chassé les nuages. La nuit était étoilée comme jamais il ne l’avait vue de sa vie de bûcheron. Il ne dormit pas de la nuit tant l’émerveillement avait envahi son cœur.
Toutefois, il se disait qu’il lui faudrait bien faire quelque chose pour ce petit qui venait de naître. À peine le soleil était-il levé qu’il gagna la forêt. Il lui fallait un arbre pour un projet qu’il caressait de réaliser pour le nouveau-né. Ses yeux se portèrent sur Mono, l’érable. Certes il était toujours courbé, mais cela convenait pour ce qu’il voulait faire.
Les jours suivants, les gens du village ne virent plus Anatole. Il travaillait dans son atelier comme s’il gardait un trésor très précieux. Quant à Mono l’érable, il se laissait scier, raboter, sabler, poncer… il n’aurait pas cru qu’il pourrait tant souffrir. «Peut-être aurait-il été mieux que je demeure dans la forêt, pensait-il en lui-même. Que vais-je donc devenir?» Au bout de quelques jours, le bûcheron prit le précieux cadeau et l’offrit au jeune couple; cela allait être très utile pour l’enfant qui venait de naître. Alors, Mono l’érable, connut une joie indicible. Il réalisa que ses années de souffrance et de solitude en forêt avaient un sens, que ces journées où il avait été travaillé par le bûcheron l’avaient préparé à devenir un berceau pour accueillir l’enfant né le soir de Noël. Il se voyait, lui, l’érable courbé, comme un corps aux bras grands ouverts pour accueillir la vie, comme un cœur humain fait pour recevoir l’Enfant-Dieu. Il pensa alors aux grands arbres de la forêt. Il n’enviait rien à leur destinée. Il savait que lui, Mono, portait ce qu’il y a de plus précieux: la Vie… Il portait Dieu!
Et… si l’érable Mono, c’était chacun et chacune d’entre nous!
Nous vous souhaitons un très beau temps des Fêtes. Une heureuse et sainte année 2020… et pour cela, puissiez-vous devenir de plus en plus «berceau» pour l’Enfant-Dieu.
Vignette: Ce tableau de Brymner, datant de 1900, se trouve au Foyer de Charité, à Sainte-Pétronille. @Madeleine Landry



