Chronique Des histoires à dormir debout : les bossus de l’île

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Pratiquement disparus aujourd’hui, les bossus ont fait l’objet de nombreuses légendes. Mais, de quoi est constituée cette bosse ? Ni de graisse ou autre tissu mou, mais d’os. L’apparition des bosses dorsales est liée à une maladie : la tuberculose. La bactérie touche d’abord les poumons, mais également le crâne et surtout les vertèbres. Ces dernières s’effritent à toutes fins utiles, provoquant ainsi une distorsion de la colonne vertébrale communément appelée : la bosse.  

Les deux bossus de l’île d’Orléans est le titre de notre légende. Celle-ci est relatée en 1954 par Eugène Achard, immigrant d’origine française et écrivain prolifique, connu pour ses récits, contes et légendes qu’il rassemblait en recueils.

Le conte se résume ainsi : Jean Gosselin, violoneux du village de Saint-Laurent, est jeune, bel homme mais, manifestement bossu. Une nuit, en revenant d’une noce, il fait la rencontre d’une bande de lutins pour qui il joue du violon jusqu’au petit matin. 

Soit dit en passant, il est écrit que, pendant que Jean jouait du violon pour les lutins, on crut apercevoir le squelette de la Corriveau se tortiller dans sa grande cage de fer. Épeurant !

Finalement, par gratitude, les lutins lui demandent de choisir entre la fortune et la beauté. « Que disparaisse ma bosse ! » souhaita-t-il. Ce qui lui fut accordé. 

De retour chez-lui, son voisin Carnolet, apercevant Jean droit comme un clocher, le jalousa à l’envie. À son tour, il décide d’amuser les lutins à la nuit tombée et leur demande finalement : « Donnez-moi ce que Jean Gosselin a laissé ». C’est ainsi que Carnolet hérita… de la bosse de Jean sur le dos !

Rouge de colère, il retourna voir les lutins et osa lever la main sur eux. En guise de représailles, ces derniers le changèrent en arbre qui, un jour, dut être abattu. Il est dit qu’on l’entendit alors gémir…L’arbre en question était situé sur l’emplacement de la future église de Saint-Laurent, celle-là même située au cœur de notre précédente légende : Le cheval noir bâtisseur

Mais, que renferme donc ce village pour être devenu si légendaire ?

Toucher la bosse 

N’existe-t-il pas un dicton qui dit qu’en touchant la bosse d’un bossu, la fortune est assurée ? Cette superstition serait apparue en France, au XVIIIe siècle. John Law, financier écossais, créa la Banque générale et y développa l’usage du papier-monnaie en lieu et place des pièces métalliques. Alors que des centaines de personnes faisaient la queue pour accéder à la nouvelle banque, un bossu leur proposa d’utiliser sa bosse comme tablette pour écrire. Le succès de cette banque lui fut à jamais associé. 

Heureusement, les bossus ne courent plus les rues, bien que nous en aurions sûrement besoin en ces temps d’inflation ! Touchons au moins du bois !

P.S. La Banque générale, premier établissement financier à émettre des billets de banque dans le royaume de France, sera, trois ans plus tard, rebaptisée : la Banque Royale.

Sylvie Lavoie

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Cet article a été écrit par un collaborateur. Autour de l'île tient à remercier tout ceux et celles qui contribuent par leur écrits au dynamisme du journal et de son site Internet.

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