Chronique d’histoire : Ces traditions d’automne

L’automne est bien implanté dans notre belle vallée du Saint-Laurent. Il a peint ses couleurs vives sur nos feuillus et la nature commence tranquillement son processus de dormance après une saison riche, généreuse et effervescente. Il n’y a pas que la nature qui se prépare à l’arrivée du doux manteau blanc. Nos ancêtres avaient plusieurs traditions et gestes quotidiens qui sont typiques en cette saison.   

S’encabaner  

Bien que l’automne soit synonyme de couleurs vives, ces mêmes nuances de feu qui se déploient annoncent aussi le temps de « s’encabaner » qui n’est pas toujours une heureuse nouvelle. Après une saison à vivre dehors lors des longues journées d’été, les journées raccourcissent, refroidissent et il est temps de rentrer.  

La chaleur du jour ne trompe pas la fraîcheur de la nuit qui fait lentement son chemin. À la fin septembre, autour de la Saint-Michel, nos ancêtres délaisseront la cuisine d’été pour retourner dans la cuisine principale, en ramenant tout ce qui avait été déplacé pendant la saison estivale.  

On prépare le logis à faire face aux rigueurs de l’hiver. On remonte le poêle qu’on avait défait au printemps dernier. On s’assure que les fenêtres et les murs soient bien isolés à l’aide de tissus, de chiffons ou d’étoupe. On passera nos mains un peu partout sur les murs pour s’assurer que la fraîcheur ne passe pas. En 1776, Thomas Anbury, un officier anglais et écrivain est ébahi par les efforts déployés pour se protéger du froid et se dit que l’hiver sera terrible !  

Après un été à paître dans les champs, le bétail sera lui aussi mis à l’abri, entre la Saint-Michel et la Toussaint. Certains seront aussi sélectionnés pour la consommation ; ceci permet d’avoir de la viande tout au long de la saison froide et de réduire le cheptel à nourrir.  

Chasse et pêche 

Bien que nos ancêtres s’encabanent tranquillement, ils profitent à plein régime des dernières chaleurs de la vallée du Saint-Laurent, notamment, celles qu’amène l’été indien. Fusil, canne à pêche, piège ou arc à flèche prêt, il est temps de s’aventurer en nature et ramener des poissons ou du gibier.  

Si, au début de la colonie, la chasse et la pêche sont des actions entreprises directement pour se nourrir et nourrir la famille, vers 1800, on parle un peu plus de loisir. Toutefois, vu l’abus, plusieurs animaux ont simplement quitté les berges du Saint-Laurent. En 1803, sur la Côte-du-Sud, on prend des mesures pour réglementer la chasse. Comme Jean Provencher l’écrit dans son ouvrage portant sur les saisons : pour la première fois on reconnaît la valeur sportive de la chasse au gibier. On l’encadre pour mieux chasser, mais aussi pour mieux protéger la faune !  

La récolte et la conservation

Avec le temps plus frisquet, les plants de fraises seront recouverts d’un paillis et les autres plants de petits fruits seront aussi protégés. Il est maintenant temps de récolter ce qui avait été cultivé tout l’été et de nettoyer le potager. Les pommes, les prunes et tous les autres fruits seront cueillis.  

Nos ancêtres étaient des maîtres de la conservation ! Avant même l’arrivée des feuilles de feu, nos ancêtres s’adonnaient à sécher, fumer, saler, sucrer et faire les conserves dont la famille pourra se régaler tout au long de l’hiver : une belle façon de prolonger la belle saison ! Le tout sera entreposé dans la cave, le caveau, le grenier et la laiterie.  

Il est aussi temps d’organiser l’épluchette de maïs ! Bien qu’aucune source ne valide les faits, plusieurs historiens datent l’activité à la Nouvelle-France. Mais, c’est en 1866 qu’elle est mentionnée pour la première fois. L’épluchette est une corvée où famille et amis se réunissent pour retirer les feuilles du maïs, l’égrener pour le conserver l’hiver durant. Durant la tâche, les gens chantent, dansent et discutent avec plaisir. En soirée, une fête est organisée.   

Festoyer !  

Plusieurs fêtes s’inscrivent dans le calendrier automnal, dont la Toussaint, l’Action de grâce et la Sainte-Catherine qui nous sont plus familières. Moins connue aujourd’hui, mais bien célébrée à l’époque est la Saint-Martin, fête qui nous vient directement de nos ancêtres français. Célébrée le 11 novembre, la Saint-Martin marque le repos de la terre, la dernière journée de l’automne consacrée aux affaires de tout genre. Les seigneurs reçoivent leurs censitaires venus s’acquitter de leur cens et rente. Ces derniers sont aussi informés des corvées et des travaux à mener dans la seigneurie. Une grande fête était aussi organisée au manoir seigneurial.  

La vie de nos ancêtres était au diapason des saisons, beaucoup plus que ce que nous vivons aujourd’hui. Il reste encore plusieurs faits et gestes posés par nos aïeuls à découvrir. Pour en savoir plus, je vous suggère fortement le livre de Jean Provencher : Les Quatre Saisons dans la vallée du Saint-Laurent. Plusieurs faits intéressants se retrouvent aussi sur le site du Réseau de diffusion des archives de Québec. En souhaitant que lorsque vous poserez ces gestes maintes fois reproduits dans notre merveilleuse vallée, vous éprouviez une fierté envers nos ancêtres qui ont contribué au Québec d’aujourd’hui !  

Vignette : Les Confitures, tiré de l’Almanach du peuple – 1921, p.263. ©Edmon-J. Massicotte  

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