Au tout début de la colonie, on construisait comme en France, c’est-à-dire en pierre. Même les granges étaient faites de pierre. On en retrouve encore certains éléments à l’île.
Cependant, en raison de l’abondance du bois et du climat rigoureux – l’hiver québécois faisant constamment suinter l’humidité à travers la pierre, ce qui nuisait à la santé du bétail – on va opter assez rapidement pour les constructions en bois.
La plupart des bâtiments agricoles étaient dispersés autour de la maison. Cela avait un but bien précis qui était d’éviter une conflagration générale advenant qu’un bâtiment passe au feu.
En faisant le tour de l’île, vous remarquerez également que beaucoup de granges-étables ainsi que les dépendances ont des couleurs éclatantes comme le rouge.
Les portes sont peintes en rouge et les cadres des ouvertures également.
À quoi cela est-il dû ? Coquetterie de l’habitant ? Le rouge, à l’époque, était une couleur facile à acheter et pas trop chère, mais on dit aussi que lors des tempêtes de neige une porte rouge sur un fond blanc est facilement repérable et permet au cultivateur de trouver rapidement son chemin.
Ces granges sont des marqueurs d’identité au même titre que les églises. Elles sont un symbole important du patrimoine rural. Leur présence sur le territoire orléanais associée à la couleur rouge est la représentation d’une façon de faire qui se perpétue encore aujourd’hui, mais pour combien de temps encore ?
La technique de construction des granges a également évolué au fil des siècles. Au XVIIIe siècle, les charpentiers utilisaient principalement un assemblage appelé « à tenons et mortaises », qui nécessitait un savoir-faire particulier.
Au XIXe siècle, avec l’arrivée des moulins à scie mécaniques, les techniques se sont modernisées. Les planches sciées ont remplacé les pièces équarries à la hache, permettant des constructions plus rapides et moins coûteuses. Cette évolution a favorisé l’expansion du patrimoine bâti que nous pouvons encore admirer aujourd’hui.
De nos jours, ces témoins architecturaux font face à plusieurs défis. L’abandon progressif de l’agriculture traditionnelle, le coût élevé de l’entretien des bâtiments anciens et l’attrait pour des constructions modernes plus fonctionnelles menacent leur survie. Plusieurs initiatives tentent néanmoins de préserver ce patrimoine unique, témoignage vivant de notre histoire agricole et de l’ingéniosité de nos ancêtres face aux contraintes du climat québécois.
Vignette : Exemple de grange avec portes rouges toujours possible de voir à l’île d’Orléans. © Pierre Lahoud





