Afin de créer une réflexion sur le statut des auteurs en musique, l’épuisement et le statut financier précaire des artistes, trois d’entre eux, dont l’Orléanais Philippe Bourque (alias Phil Bourg), ont lancé le premier album francophone coréalisé avec une intelligence artificielle (IA). Intitulé La terrible beauté du monde, l’opus a été réalisé avec l’IA en cohérence avec les démarches d’innovation du trio d’artistes qui souhaite que la discussion sur l’utilisation des IA en tant qu’outil de cocréation dans le domaine de la musique, et plus largement en culture, se fasse de manière intelligente et informée.
Le projet novateur souhaite redonner le pouvoir aux auteurs. L’artiste et autrice Insuula (humaine bien réelle qui souhaite rester dans l’anonymat) a fait appel aux musiciens professionnels Philippe Bourque et Samuel Wagnerpour produire un album regroupant 12 titresalliant les styles pop française, électro, R&B et soul.
« L’IA doit servir pour outiller, non pour remplacer. Elle doit servir d’outil de cocréation et son utilisation en culture doit être encadrée par des normes. L’arrivée de l’IA dans la musique pose de réels défis : Comment protéger les emplois liés à la création ? Comment rémunérer équitablement tous ses acteurs ? Comment s’assurer d’une diversité dans l’offre culturelle ? Diffuser cet album, c’est aussi donner une tribune à ces questions, afin de trouver collectivement des solutions », a affirmé M. Bourque.
Pour le résident de Saint-François, la sortie de l’album le 28 mars est plus que jamais ancrée dans l’actualité avec ce qu’il qualifie de « récentes dérapes concernant l’artiste fictive Océanne Chamberland et les chansons faussement attribuées à Céline Dion. »
« Insuula m’avait approché il y a deux ans, mais après six, sept ans de travail intense dans la production musicale et au sortir de la pandémie, j’étais usé, brûlé. Mais, récemment, nous avons découvert un outil d’IA appelé Suno. J’ai été jeté par terre par la qualité musicale et par l’émotion de la voix. Un tel outil permet d’économiser un an de travail et d’éviter d’effectuer des demandes de subvention », a souligné le musicien, un scientifique dans la vie de tous les jours.
Déjà boudé par les diffuseurs de musique et par l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ), l’album a été produit afin de sonner l’alarme concernant la provenance des revenus de musique d’ambiance telle que la radio satellite et la transmission en continu (streaming).
« Nous avons raté notre coup avec la transition numérique et le streaming (Spotify). Tous ceux qui génèrent des revenus n’ont plus besoin d’artistes, s’ils le veulent. Nous sommes confrontés à un choix de société. Si nous ne faisons rien, c’est le clou dans le cercueil de l’industrie de la musique. Nous allons perdre l’expertise développée de Félix Leclerc à nos jours », a-t-il ajouté.
Pour Philippe Bourque, la situation se compare à l’arbre (gestion des droits d’auteurs et des revenus) qui cache la forêt (rémunération des artistes).
« La rémunération des artistes devrait se conformer au modèle de la science. Les chercheurs sont payés pour chercher, pour créer. La musique est basée sur l’industrie du disque qui n’existe plus. Le danger de ne pas pouvoir vivre de son art devient plus probable qu’avant », a-t-il souligné.
Le trio entend mesurer les réactions au lancement de l’album qui a entraîné 22 reportages (dont celui d’Autour de l’île), les analyser et publier des conclusions proposant des solutions.
Vignette : Philippe Bourque et Samuel Wagner ont coréalisé l’album de l’autrice Insuula. © Natalie Delarive



