« Avez-vous déjà goûté à du pain doré ? », sourit Doug Williams, qui me sert un latte maison et continue de mélanger les œufs, de griller le pain et d’ajouter du sirop d’érable, du yogourt et des noix. Il fait très chaud dans sa vieille maison de trois étages de Saint-Pétronille, malgré une tempête de neige qui sévit dehors.
J’ai fait la connaissance de Doug fin 2024 au Marché de Noël de l’Espace Félix-Leclerc où il exposait ses céramiques. Je n’arrivais pas à imaginer qu’il soit un artiste local. Il était tout à la fois céramiste, professeur de sciences, récréothérapeute, menuisier, voyageur, constructeur, écrivain, bénévole, chercheur étudiant ses racines manitobaines anglo-écossaises-ukrainiennes et propriétaire d’un espace de création privé.
Je réfléchissais au format de l’article qui pourrait exprimer son charisme et j’ai décidé de le faire en utilisant seulement les citations de l’entrevue.
À propos de moi-même
« Je pense que nous sommes comme des livres. On passe d’un chapitre à l’autre. Il y a toujours un peu de vos anciens chapitres dans chaque chapitre. »
À propos de la poterie
« Je fais de la poterie depuis un peu plus de 20 ans. Quoi que j’aie fait, je suis toujours revenu à la poterie. Ça apaise l’esprit. »
À propos de mon premier diplôme
« Mon premier diplôme était en carrosserie. Quand j’ai acheté la maison, j’avais une lettre m’autorisant à faire la toiture en bardeaux noirs. Puis, l’entrepreneur a annulé le contrat et m’a proposé une autre solution. Le premier devis se chiffrait à 300 000 $. J’ai fait le travail moi-même pour environ 10 % du coût. Cela m’a pris 16 semaines avec l’aide d’Alain Thivierge. »
À propos de mon style de vie curieux
« Je suis un peu tout-en-un. Je connais des gens qui, à l’école secondaire, disaient : « Je serai enseignant » et qui ont travaillé au même endroit jusqu’à leur retraite. Pour moi, ce serait une véritable prison ; j’ai travaillé dans tant de domaines et étudié tellement de choses sans aucun rapport entre elles ! »
À propos de ma propre méthode d’enseignement
« J’ai obtenu une bourse de 70 000 $ et l’école m’a permis de transformer une salle entière pour enseigner les sciences. On créait des équipes, on construisait une grue, on organisait des concours. C’était un peu comme un mouvement, toujours concret. C’est un peu ce que j’ai apporté à l’éducation. »
À propos des changements mondiaux
« Je suis bien plus préoccupé par les réseaux sociaux que par le climat. Je pense qu’on va détruire la société en créant des personnes déconnectées et dénuées d’empathie. »
« Il y a un manque de communication humaine. Depuis la COVID-19, je me sens de plus en plus isolé. »
À propos d’un mode de vie sain
« J’ai 61 ans et je fais de l’exercice tous les jours. Je peux encore monter sur les toits, je peux encore me pencher sur le tour de potier toute la journée. »
À propos des racines ukrainiennes de mon père Vasyl et de mon bénévolat pour les Ukrainiens en 2022, à Budapest
« Il y avait une grande tente [pour aider les réfugiés qui ont fui l’Ukraine]. Il pleuvait, les gens arrivaient. Je préparais des sandwichs, je leur donnais du café, je cherchais un jouet pour un enfant et je jumelais des petites bottes assorties. Je créais des spectacles avec les enfants, juste pour les faire rire ou leur donner un petit sourire. C’était vraiment important pour moi. »
À propos de mon enfance au Manitoba, de mes parents et de l’histoire du bateau magique
« Nous étions agriculteurs, nous avions des chevaux, nous vivions sur une ferme du nord du Manitoba : nous n’avions pas de plomberie, nous n’avions rien. »
« J’ai simplement suivi mon père. Il avait une formation de menuisier ; il avait une machine à coudre. J’ai une machine à coudre. Une voiture pouvait tomber en panne, il savait quoi faire : je répare encore la mienne. Ce n’est pas lui qui m’a appris à le faire, il m’a juste montré qu’on peut tout faire. »
« Les familles de mes parents sont arrivées au Canada par le même bateau [au début du XXe siècle], mais elles ne se connaissaient pas. »
À propos de l’étrange année 2016
« Ce fut une année étrange. J’ai fait le chemin de Compostelle, en Espagne, avec ma sœur. Dès mon retour, mon père a eu un accident vasculaire cérébral. Nous avons pris l’avion pour le Manitoba ; il est mort en me tenant la main. C’était l’année où Trump a été élu. Et je me suis séparé de ma conjointe, aussi. Et c’est cette année-là que j’ai acheté cette maison après plus de deux ans d’attente. »
À propos de mon endroit préféré sur le territoire
« Il y a un arbre, dans la forêt, que j’ai serré dans mes bras pendant huit ans. »
À propos des rêves
« Je pense qu’il faut plutôt de laisser les rêves s’éteindre, arrivé à un certain point, et être plus présent. »
À propos de l’espace culturel dans une ancienne chapelle
« C’est un espace culturel que je gère moi-même. Quand je donne mes cours de poterie, j’y installe six tours. On crée et les gens apprécient l’espace. »
« J’ai présenté un très beau concert ici. Il y a aussi eu un mariage et des cours de yoga. Amenez vos idées ! »
NDLR : Comme l’autrice du texte est ukrainienne et ne parle pas français, le rédacteur en chef, Marc Cochrane, a effectué la traduction de l’anglais au français.
Vignette : Doug Williams s’adonne à la poterie depuis un peu plus de 20 ans. © Oksana Mukhina




Photos : Oksana Mukhina


