Saccager un trésor national pour « économiser » deux minutes dix-huit secondes

La preuve que le ridicule ne tue pas, Éric Duhaime, le chef du Parti conservateur du Québec, revient avec son projet de troisième lien qui couperait l’île d’Orléans en deux : un pont à quatre voies entre la Rive-Sud et la route Prévost (qui traverse l’île) jusqu’au nouveau pont à deux voies, présentement en construction, lequel relie l’île à Beauport.

Qui, au Québec, ignore encore que l’île d’Orléans est un de nos lieux les plus emblématiques, un territoire historique classé par le gouvernement du Québec et reconnu par le gouvernement fédéral ? Qui ne sait pas qu’un territoire classé est un territoire d’une valeur inestimable qu’il est nécessaire de protéger ?

L’île est un milieu rural, avec une population d’environ 7 000 personnes. Toutefois, elle reçoit chaque année quelque 600 000 visiteurs attirés par son histoire, son patrimoine architectural, archéologique et paysager, ses artistes, ses maraîchers et ses artisans. Quand ces visiteurs mettent le pied sur l’île, ils adoptent son rythme, ils ne s’y précipitent pas.

Imaginons la tache que laisserait dans ce paysage à couper le souffle, un pont assez haut pour permettre le passage des plus gros navires sur le fleuve. Pensons à la cicatrice indélébile que créeraient les voies de raccordement de ce futur pont à celui qui est actuellement en construction. Ajoutons le bruit et les embouteillages des 5 000 à 7 000 voitures catapultées sur l’île aux trois heures de pointe quotidiennes. Visualisons leur atterrissage sur une autoroute Félix-Leclerc qui est déjà hyper congestionnée à la hauteur de Saint-David.

Le plus dramatique, c’est qu’aucune de la quarantaine d’études effectuées depuis 1973 sur la création d’un éventuel troisième lien routier à Québec ne conclut que ce troisième lien est nécessaire. Pire encore, la dernière de ces études, publiée en juin 2025, conclut qu’un troisième lien ne permettrait aux automobilistes de s’épargner que 2 minutes 18 secondes de temps passé dans leur voiture. N’est-il pas possible de placer les milliards que coûterait un projet aussi ridicule dans nos hôpitaux et nos écoles qui en ont grandement besoin ? Deux minutes dix-huit secondes : serions-nous devenus fous ?

J’ajoute, parce que c’est important, que les six maires de l’île d’Orléans se sont prononcés contre le projet et que la population orléanaise n’y tient pas du tout.

Photo : L’île d’Orléans a été déclarée site patrimonial en 1970, ce qui assure la protection, la mise en valeur et la transmission de ce joyau de notre patrimoine culturel qui témoigne de près de 400 ans d’histoire. © Pierre Lahoud

Source : www.quebec.ca/culture/patrimoine-archeologie/proprietaires/site-patrimonial-ile-orleans

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2 Comments

  • Il est difficile de comprendre pourquoi il n’existe toujours pas de voie routière périphérique permettant de contourner la ville. Un tel lien pourrait très bien suivre le tracé actuel de la ligne haute tension, qui traverse déjà l’île d’un bout à l’autre et offre une emprise suffisante pour un aménagement routier.
    Les avantages seraient majeurs. Pour nos producteurs, par exemple, pouvoir rejoindre la rive‑sud en une dizaine de minutes plutôt que de devoir passer par Sainte‑Foy puis revenir par l’autoroute 20 représenterait un gain de temps considérable. Il ne s’agit pas d’une économie marginale de quelques minutes, mais bien de plusieurs heures de déplacement cumulées, sans compter la réduction importante de carburant consommé.
    Dans ce contexte, le projet proposé par M. Duhaime apparaît comme un choix tout simplement logique. Il est tout à fait possible d’avoir de l’ambition, de développer adéquatement le territoire et de le faire de manière respectueuse. Prétendre que tous les Orléanais s’opposent à un tel projet est non seulement inexact, mais relève d’une posture inutilement arrogante.

  • Monsieur Lahoud mérite nos remerciements pour nous rappeler des faits très évidents que les politiciens oublient fréquemment. Le patrimoine est souvent victime. L’amélioration de la sécurité et de la capacité des ponts actuels entre les deux rives est cruciale sur le long terme. Il en va de même pour la stratégie de développement harmonieux des deux rives, où le troisième lien n’est pas la seule solution.

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