Lorsque Julien Milot a acheté une maison pour la ferme familiale à Saint-Laurent, son épouse Émilie a découvert un endroit douillet dans le salon qui semblait spécialement conçu pour accueillir un piano. Jouer d’un instrument pendant les réunions de famille et les vacances de Noël, quoi de mieux ?
« D’accord, un piano, c’est une excellente idée, mais pourquoi ne pas en choisir un mécanique (pianola) plutôt qu’un instrument moderne ? » a suggéré Julien.
Il s’est alors lancé dans des recherches sur Marketplace. Si certains objets rares y sont parfois mis en vente, les pianos encombrants, eux, finissent souvent à la poubelle, faute de temps ou d’intérêt pour les restaurer. L’histoire, pourtant, allait prendre une autre tournure. Julien a trouvé un pianola à vendre pour 150 $ dans une autre région du Québec. Avec trois amis et une remorque, il est allé le chercher – car soulever seul un instrument de 800 livres n’était clairement pas une option ! Une fois arrivé à la ferme familiale, le pianola a été installé sur un sol spécialement renforcé. Mais à la surprise générale, aucun son ne sortait de l’instrument…
Un défi technique de taille
Le fonctionnement du pianola reste fascinant. On insère un rouleau de papier perforé où la musique est encodée sous forme de trous. En actionnant les pédales, le pianiste gonfle les soufflets internes, ce qui déclenche un mécanisme frappant les touches avec des marteaux spéciaux. La mélodie naît alors, sans que l’interprète ait à jouer lui-même.
« Je suis du genre à vouloir comprendre comment les choses fonctionnent – je suis ingénieur en mécanique. Alors, je l’ai ouvert lentement et j’ai examiné son mécanisme. Rapidement, j’ai découvert que tous les petits tubes qui apportaient de l’air à chacune des notes du piano mécanique étaient brisés, probablement pendant le transport. Ce piano centenaire possédait 84 tubes de verre de 1,25 pouce de diamètre chacun. Il y avait donc 84 notes dans le piano et cela signifiait qu’il y avait 84 tubes à remplacer ! »
Julien a décidé de le faire lui-même. Il a trouvé un fabricant spécialisé en tuyaux pour appareils à air comprimé, a acheté un tuyau spécial, l’a coupé en 84 morceaux, a effectué le travail précis de remplacement tout en assimilant à quel endroit allait chaque tuyau, s’est assuré que l’air allait correctement à chaque note. De la découverte du problème à la première prestation à domicile, tout le processus de restauration a pris deux semaines, malgré le fait qu’il était également très occupé au travail.
Une pièce d’histoire musicale
L’instrument en question a été fabriqué par la compagnie canadienne Morris, fondée en 1892 à Listowel (Ontario) sur les bases d’une ancienne usine de meubles. En 1900, l’entreprise a remporté une médaille de bronze à l’Exposition de Paris pour ses pianos. À la fin du XIXe siècle, on trouvait des usines de pianos dans de nombreuses villes – les gens aimaient passer leurs soirées à écouter de la musique jouée sur place. Après l’invention du piano mécanique (pianola) en 1895, les usines ont également commencé à en produire, mais ont arrêté au milieu des années 1920, lorsque la radio et les gramophones sont devenus plus populaires.
Voilà donc l’histoire d’une restauration d’un pianola vieux de 107 ans qui continue sa vie musicale sur l’île d’Orléans. Et tout cela, pour un budget de seulement 30 $, sans toutefois oublier le temps et le talent d’ingénieur de l’Orléanais.
Julien Milot éprouve une grande fierté devant le travail accompli et le résultat final.
« Quand les gens découvrent l’âge de ce piano et le voient en action, ils trouvent cela vraiment formidable !
Aujourd’hui, tout est plus cher et souvent de moins bonne qualité. Les fabricants privilégient le profit alors qu’autrefois, ils misaient sur la durabilité et la fierté du produit. C’est pourquoi il était important pour moi de restaurer cet instrument et, probablement, de le transmettre plus tard à ma fille, car je pense que c’est un grand pan d’histoire et cela rend les gens curieux de savoir comment il fonctionne. C’est ma petite contribution à la préservation du patrimoine. »
N.D.L.R. : Ce texte a été traduit par Marc Cochrane puisque Oksana Mukhina est une Ukrainienne de Saint-Laurent qui ne parle pas français.
Photo : Ce vieux pianola de 107 ans a été restauré à l’île d’Orléans par Julien Milot. © Oksana Mukhina



One Comment
J’ai bien aimé ce récit de la restauration de ce piano qui a beaucoup d’histoire. J’ai acheté un congélateur en 1964 de marque Jet Freeze fabriqué en Ontario (la compagnie n’existe plus) qui fonctionne encore très bien. J’ai remplacé le joint de caoutchouc de la porte, c’est la seule pièce qui a fait défaut pendant toutes ces années.