Il était une fois, en septembre 2023, une scientifique, Agnès Rouchon, et son mari, le développeur web Nicolas Gilbert, assis dans leur maison de Saint-Laurent, qui se mirent à discuter d’idées qui pourraient les aider à surmonter la crise de la quarantaine, le stress du travail et les défis de la préadolescence, tout en resserrant les liens familiaux et en ouvrant la porte à l’inspiration et à de nouvelles formes d’expression.
« Un jour, nous nous sommes simplement demandé comment les choses pourraient être différentes, comment nous pourrions échapper à tout ce que la vie nous impose, comment nous pourrions offrir quelque chose de différent à nos enfants », se souvient Nicolas. Les animaux – un chien, un chat, un lapin et quelques poules – suivaient ces discussions avec curiosité quand, soudain, une idée germa dans l’esprit d’Agnès et de Nicolas.
« Aimeriez-vous passer un an à voyager autour du monde ? » ont-ils demandé à leurs filles, Daphné et Lily – une question que tous les enfants du monde rêvent d’entendre. Recevoir la réponse « oui » n’était pas la dernière étape avant de se lancer dans ce genre de voyage – les parents avaient également discuté de cette idée entre eux pendant au moins quatre mois, en pesant le pour et le contre. Chaque jour, les filles, alors élèves à l’école primaire de Saint-Laurent, posaient la même question à leurs parents : « Est-ce qu’on va vraiment faire le tour du monde ? » et recevaient des réponses différentes. L’idée était géniale, et le scénario de vie très précis. « Et je pense qu’on avait aussi le sentiment que c’était maintenant ou jamais, parce que c’était la dernière année de l’école primaire. Et au secondaire, c’est tellement plus difficile de voyager avec des enfants parce que c’est beaucoup plus exigeant de leur enseigner les matières au programme. On avait donc l’impression que c’était en quelque sorte notre dernière chance de pouvoir faire ça avec les enfants », explique Agnès.
À Noël 2023, la décision était prise et les préparatifs avaient commencé. De nombreuses questions devaient être résolues : l’école (comment poursuivre les apprentissages ?), les finances (comment financer le projet ?), le travail (comment continuer à gagner sa vie ?), les animaux de compagnie (où les faire garder pendant un an ?) et, bien sûr, l’itinéraire.
La question de l’éducation a été réglée avec le ministère de l’Éducation du Québec : Daphné, 11 ans, et Lily, 8 ans, ont été autorisées à suivre un « enseignement à domicile », ce qui signifiait que les parents devaient assumer la responsabilité de leur éducation pendant l’année. Les questions du financement et du travail ont également été réglées : comme Nicolas était travailleur autonome en tant que développeur web, il pouvait travailler en ligne, et Agnès obtenait une année sabbatique avec la garantie de retrouver son poste à son retour. Quant aux animaux, des amis se sont chargés de leur garde. Il ne restait donc plus qu’à déterminer l’itinéraire.
Lily voulait voir des animaux et des volcans. Daphné voulait se rendre au Japon parce qu’une de ses amies y vivait. Agnès souhaitait faire découvrir son île natale, La Réunion, à sa famille. Nicolas, lui, voulait voir le plus de choses possibles.
Au début de l’année 2024, l’itinéraire était prêt et affiché sur une grande carte accrochée au mur. Il comprenait 20 pays que la famille prévoyait de visiter en 359 jours. États-Unis, Islande, Îles Féroé, Danemark, Allemagne, République tchèque, Autriche, Slovénie, Croatie, Grèce, Namibie, Zimbabwe, Botswana, Madagascar, Île de la Réunion, Thaïlande, Laos, Cambodge, Japon, Mongolie, Royaume-Uni : du 8 juillet 2024 au 2 juillet 2025, la famille a parcouru le monde en tenant un blogue interactif servant de journal de bord. Chaque voyageur, en particulier les filles dans le cadre de leur parcours éducatif, rédigeait des textes, prenait des photos ou réalisait des vidéos sur les pays visités. Leurs proches et leurs amis pouvaient suivre leurs aventures et commenter leurs publications pratiquement en temps réel. Ce site web interactif a été créé par Nicolas spécialement pour ce voyage. Les souvenirs, ça compte. Un jour, ce carnet de voyage numérique pourrait devenir un livre imprimé regroupant réflexions, anecdotes et de magnifiques photographies prises avec leur appareil photo hybride Sony.
Qu’ont-ils fait pendant cette année d’aventure ? Ils ont gravi des collines et exploré le désert, visité des musées et Legoland, joué dans le théâtre d’un camp de jeunes en Croatie et appris la recette du pain de l’Islande. Ils se sont transformés en spéléologues, biologistes, parapentistes, chauffeurs et chercheurs… Un jour, alors qu’ils déjeunaient, deux éléphants sont venus leur dire « bonjour » ! Ils ont dormi dans des voitures, des yourtes, des auberges et chez des amis, ont appris à cuisiner des plats traditionnels, se sont liés d’amitié avec des gens de tous horizons, mais aussi avec des animaux (lémuriens, crocodiles, singes, etc.). Tout leur univers tenait dans leurs sacs à dos : vêtements, liseuse Kindle pour les études et quelques jouets préférés.
Le 2 juillet 2025, la voiture s’est arrêtée devant la maison à Saint-Laurent – les quatre randonneurs sont rentrés chez eux. Lily a ouvert la portière et a couru vers le vieil érable pour l’étreindre. Après un tel périple, le sentiment d’être chez soi avait pris une tout autre signification. Ils étaient heureux de revenir avec un sac à dos rempli de souvenirs.
Qu’ont-ils retiré de cette expérience ? « Peut-être une meilleure perspective sur la vie, et une meilleure compréhension de ce qui est vraiment important. Ce qui compte, c’est de trouver du temps pour profiter de sa famille », confie Agnès. « Nous avons découvert de nouvelles façons de nous amuser ensemble. Je pense que c’est quelque chose que nous ramenons avec nous, comme une famille plus soudée », a déclaré Nicolas. « Pour moi – et je pense pour presque toute la famille – ça a été une révélation sur le monde », raconte Daphné. Elle a ajouté que ce voyage lui a donné envie d’aider les autres et, peut-être un jour, de travailler avec l’UNICEF. Tout le monde a amélioré ses compétences linguistiques. Lily, qui ne parlait pas anglais avant le départ, est revenue bilingue après un an de voyage.
Ils ont également réalisé qu’il ne faut pas forcément beaucoup de choses pour être heureux : il suffit d’un peu d’imagination et d’être de bonne humeur. « À Madagascar, les enfants jouaient avec de petits cailloux et ça leur suffisait pour être heureux. En Mongolie, ils jouaient avec des bâtons et aidaient à traire les rennes. On n’a pas besoin de tant de choses. Ça nous a beaucoup fait grandir, Lily et moi », raconte Daphné.
Qu’est-ce que les gens du monde entier ont en commun ? Qu’est-ce qui peut rassembler les gens ? L’humour. « On est allés faire une randonnée dans la brousse avec un guide en Namibie qui ne parlait pas un mot d’anglais, mais il a réussi à nous expliquer comment piéger des oiseaux simplement en imitant les oiseaux. C’était tellement drôle, tout le monde riait et on arrivait très bien à communiquer comme ça. La communication va donc au-delà des mots », a déclaré Nicolas. Et Agnès a acquiescé : « C’est fascinant de voir qu’on trouve les mêmes choses drôles, même dans des cultures complètement différentes. On peut rire ensemble des mêmes situations. »
Quelle recette cette famille orléanaise aimerait-elle transmettre aux gens ? Passer plus de temps ensemble, garder l’esprit et le cœur ouverts, et ne pas avoir peur d’aller vers les autres. « La plupart des gens sont sympathiques et très heureux de vous rencontrer », affirme Nicolas. « Essayez de les amener à parler de leur vie, car en général, les gens sont ravis de vous montrer comment ils vivent et ce qu’ils font. C’est donc toujours un bon moyen de briser la glace. Et le simple fait d’écouter sans porter de jugement est une bonne façon de communiquer », a ajouté Agnès.
Comme il leur reste encore énormément d’histoires à raconter, la famille organisera une rencontre à la bibliothèque de Saint-Laurent en octobre 2026 afin de partager son expérience avec le public. Les personnes intéressées pourront s’y inscrire directement auprès de la bibliothèque.
Photo : Les quatre voyageurs de l’Île d’Orléans en Mongolie (avec un nouvel ami à gauche, originaire d’un village voisin) © Album de la famille Gilbert-Rouchon
N.D.L.R. : Le texte original d’Oksana Mukhina étant rédigé en anglais, celui-ci a été traduit par la réviseure Line Frenette.





