À l’été 1988, des artéfacts autochtones ont été retrouvés à Sainte-Pétronille, sur la pointe sud-ouest de l’île d’Orléans, un secteur aussi connu sous le nom de l’Anse du Fort, ancien emplacement du Fort des Hurons. Cette découverte confirme une occupation autochtone remontant à la préhistoire sur l’île.
Parmi les objets trouvés, on a répertorié deux pointes de flèche. Celles-ci étaient à l’époque fixées au bout des armes, permettant de transpercer plus facilement la peau des animaux. Des grattoirs ont aussi été retrouvés. Ces derniers servaient à préparer les peaux, à nettoyer des os ou encore à transformer les aliments. Des nucleus, soit des morceaux de pierre servant à produire des éclats pour fabriquer des outils, complètent l’inventaire.
C’est Richard Boivin, formé en histoire de l’art à l’Université du Québec à Montréal et propriétaire du terrain, qui a repéré la première pointe, un an avant les fouilles officielles. « Je venais d’acheter un terrain en pente surplombant l’Anse du Fort. J’avais fait enlever le sol de surface pour aménager un stationnement. En voyant la pelle du tracteur s’avancer vers moi, j’ai remarqué une pierre noire longue et travaillée. C’était une pointe de projectile manifestement d’origine amérindienne », raconte-t-il.
Soupçonnant la présence d’un site ancien, il contacte le ministère de la Culture et des Communications. L’archéologue Michel Plourde intervient alors pour effectuer des sondages sur le site, situé à une altitude de 17,5 m.
« Nous avons trouvé une pointe de projectile de type Genesee, datant de l’Archaïque laurentien », précise M. Plourde. Selon son rapport, cet objet remonterait entre 4 900 et 3 800 ans avant aujourd’hui, soit entre 2 900 et 1 800 avant notre ère.
Cette période correspond à celle de groupes nomades vivant principalement de chasse et de pêche. Ce n’est que plusieurs millénaires plus tard, vers 3 000 ans avant aujourd’hui, que débute la période sylvicole, marquée notamment par l’apparition de la céramique, puis par l’agriculture.
D’autres trouvailles dans la région viennent appuyer cette présence ancienne. À Saint-Jean, un artéfact en chert de couleur caramel, possiblement un couteau, a été découvert dans un ruisseau. Selon Michel Plourde, ce type d’objet est parfois retrouvé dans des sépultures autochtones du Nord-Est américain datant d’environ 3 000 ans.
Les Hurons-Wendats à l’île d’Orléans
Bien plus tard, en 1650, quelque 300 Hurons-Wendats chrétiens se réfugient sur l’île d’Orléans pour fuir les attaques iroquoises dans la région des Grands Lacs. Ils s’installent avec les Jésuites sur la pointe sud-ouest de l’île, sur les terres d’Éléonore de Grandmaison, où ils érigent un fort et renomment le territoire Île Sainte-Marie.
En 1656, une attaque nocturne des Iroquois force les survivants à quitter l’île pour se réfugier à Québec.
Aujourd’hui, les découvertes archéologiques de Sainte-Pétronille rappellent que l’histoire de l’île d’Orléans s’inscrit dans une présence humaine bien plus ancienne. Les spécialistes invitent d’ailleurs les citoyens à signaler toute découverte au ministère de la Culture et des Communications, contribuant ainsi à enrichir les connaissances sur le passé du territoire.
Julia Gagné-Bernard
et Richard Boivin
Photo : Pointe de flèche © Richard Boivin




