Des travailleurs étrangers devenus indispensables au fil des saisons

Chaque année, ils quittent leur famille au Mexique ou au Guatemala pour venir prêter main-forte aux Fraises de l’île d’Orléans. Certains y reviennent depuis dix, voire vingt ans. Au fil des saisons, ces travailleurs étrangers sont devenus indispensables au fonctionnement de l’exploitation et ont tissé des liens durables avec la famille qui les accueille.

À Saint-Laurent, les longues rangées de production des Fraises de l’île d’Orléans témoignent de l’ampleur de l’exploitation. À notre arrivée, André Gosselin nous accueille avant que sa fille Jeanne nous accompagne sur le site à la rencontre de deux travailleurs étrangers.

Agronome, professeur retraité de l’Université Laval et cofondateur des Fraises de l’île d’Orléans, André Gosselin a lui-même grandi sur une ferme maraîchère de Saint-Laurent. Aujourd’hui, l’entreprise compte environ 180 travailleurs migrants pendant la saison. Sa fille Jeanne, qui participe notamment à leur accueil, à la logistique et au transport, affirme que leur contribution est devenue essentielle. « On est vraiment reconnaissants d’avoir tous ces employés-là parce que sans eux, ça ne serait pas possible. »

Une vie rythmée par les saisons

Roberto Hernandez, 40 ans et père de deux garçons, vient du Mexique. Depuis 2015, il retrouve chaque année l’île d’Orléans pour travailler plusieurs mois avant de repartir auprès des siens.

Son arrivée varie selon les besoins de la production. Certaines années, il commence dès mars ou avril. Cette saison, il est arrivé en juin et prévoit retourner au Mexique vers octobre ou novembre.

Son travail touche principalement à l’irrigation, aux installations et aux réparations, même s’il peut prêter main-forte à ses collègues dans d’autres tâches. Le rythme varie avec les saisons.

« Parfois, c’est très fatigant, d’autres jours, c’est plus relax. Ça dépend de la saison », explique-t-il.
Ses journées peuvent commencer vers 6 h et se terminer autour de 19 h ou 19 h 30. Le soir, il retrouve le logement qu’il partage avec trois autres travailleurs, cuisine et se repose. Pour faire leurs courses, des transports vers Québec sont organisés par l’entreprise.

À cette routine s’ajoute la distance avec sa famille. Roberto garde le contact avec ses proches grâce au téléphone et aux appels vidéo sur WhatsApp. Pendant ses congés, il aime courir sur les routes de l’île, cuisiner, écouter la radio et parler avec les siens.

Après plus de dix ans de séjours saisonniers, il apprécie la tranquillité de l’île. « C’est un endroit très, très confortable », dit-il. Il s’est adapté à son environnement, mais lorsqu’on lui demande ce qui lui manque le plus, la réponse est immédiate : sa famille.
Mynor Roberto connaît cette réalité depuis encore plus longtemps. Originaire du Guatemala, il travaille sur l’exploitation depuis près de vingt ans. Il conduit notamment de la machinerie agricole et assume différentes responsabilités liées à la production.

Pour lui, travailler au Québec permet avant tout d’améliorer les conditions de vie de sa famille restée au Guatemala. Après toutes ces années, une relation particulière s’est aussi créée avec les Gosselin.

« Il m’a connue quand j’avais un an », raconte Jeanne à son sujet.

Cette phrase témoigne de la durée de certains liens. Les travailleurs reviennent d’une saison à l’autre et peuvent aussi recommander des proches pour intégrer l’entreprise. Les recrutements sont effectués avec l’aide d’organismes spécialisés, tandis que la ferme organise l’arrivée à l’aéroport, l’hébergement et une partie des déplacements.

Apprendre à communiquer en français

Pendant l’entretien, Roberto et Mynor répondent à plusieurs de nos questions en français. Ils cherchent parfois leurs mots et Jeanne intervient à l’occasion pour faciliter la compréhension, mais tous deux parviennent à raconter leur travail et leur quotidien.

Leur expérience fait écho aux constats d’une étude publiée en 2026 par l’Équipe de recherche en partenariat sur la diversité culturelle et l’immigration dans la région de Québec (ÉDIQ). Consacrée aux ateliers Divertirse en français du Réseau d’aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Québec (RATTMAQ), elle documente l’apprentissage du français et la socialisation des travailleurs agricoles migrants hispanophones de l’île d’Orléans.

La recherche montre que les longues journées, la fatigue, les difficultés de déplacement et le peu d’occasions de pratiquer la langue compliquent cet apprentissage. Malgré ces obstacles, l’intérêt est manifeste : plus de 90 % des participants sondés en 2023 et 2024 souhaitaient continuer à prendre part aux ateliers. Ceux-ci contribuent également à améliorer l’autonomie et à créer des liens avec la population locale.

Pour Roberto et Mynor, la vie au Québec reste temporaire. Chaque année vient le moment de retrouver leurs proches, avant qu’une nouvelle saison ne les ramène sur l’île.

L’un effectue ce voyage depuis 2015, l’autre depuis près de vingt ans. Au-delà des contrats saisonniers, leur parcours rappelle surtout la place qu’occupent désormais les travailleurs étrangers dans le fonctionnement de nombreuses exploitations agricoles de l’île d’Orléans.

Photo : Roberto Hernandez et Mynor Roberto font partie des travailleurs étrangers qui prêtent main-forte aux Fraises de l’île d’Orléans durant la saison agricole. © Marc Cochrane

Précédent

Un nouvel élan à l’Espace Félix-Leclerc

Suivant

L’église de Sainte-Pétronille, la figure de proue de l’île d’Orléans

Leave a Reply

En savoir plus sur Autour de l'île

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture