Par sa position singulière, isolée sur les hauteurs du village à la pointe ouest de l’île, on a souvent comparé l’église de Sainte-Pétronille à une figure de proue ou à un phare saluant la capitale qui lui fait face. L’édifice élégant et simple et son clocher argenté sont bien visibles des deux rives du fleuve.
La paroisse de Sainte-Pétronille a été fondée en 1870, à la demande des familles du bout de l’île qui se trouvaient éloignées de l’église de Saint-Pierre. Grâce au quai, érigé en 1855, et au traversier qui desservait l’île, le secteur se développait rapidement et la population augmentait. De belles résidences s’y construisaient et les villégiateurs anglicans avaient fait construire une jolie chapelle en 1867. L’archevêque catholique tenait sans doute à imposer, à son tour, la présence de son Église en ce lieu.
La nouvelle paroisse fut détachée en grande partie de celle de Saint-Pierre, d’où l’idée de lui accorder la dédicace de sainte Pétronille, qui, selon la tradition paléochrétienne, était la fille de saint Pierre. L’église fut construite entre 1871 et 1873, selon les plans de l’architecte Joseph-Ferdinand Peachy (1830-1903), lequel était très en vogue à Québec à cette époque. Peachy a beaucoup contribué à inscrire l’architecture de la capitale et de sa région dans l’esprit français du Second Empire.
Les boiseries et le décor intérieur de l’église de Sainte-Pétronille sont dus à David Ouellet (1844-1915) qui a aussi construit plusieurs églises du diocèse de Québec, dont celles de Saint-Charles de Limoilou et de Saint-Georges de Beauce. On lui doit aussi le beau monument-fontaine de la Foi sur la Place d’Armes à Québec.
Dans son décor, Ouellet a favorisé une voûte en bois qui donne à l’église une grande qualité acoustique. Grâce à cette caractéristique, la Société de musique de chambre à Sainte-Pétronille y présente des concerts chaque été, depuis plusieurs décennies.
Les bancs furent remplacés au début des années 1970. Ils proviennent de l’ancienne chapelle du Grand Séminaire de Québec (pavillon Louis-Jacques-Cazeau) qui abrite aujourd’hui Bibliothèque et Archives nationales, à Québec. Ils ont été dessinés par l’architecte Ernest Cormier (1885-1980), à qui l’on doit aussi le pavillon central de l’Université de Montréal et l’édifice de la Cour suprême du Canada à Ottawa.
L’autel au centre du chœur fut rajouté pour répondre aux réformes liturgiques du concile Vatican II. Les panneaux de bois sculpté de l’ancienne chaire furent utilisés pour confectionner les parements de cet autel. La statue de sainte Pétronille, en bois polychrome, est l’œuvre du sculpteur Tobias Mack, d’origine autrichienne, qui a œuvré en Beauce. Elle a été réalisée en 1954. La sainte porte une robe et une coiffe de matrone romaine, mais tient une serpillière ou un balai, symbole de ses origines modestes. Elle est aussi parfois représentée filant la laine au fuseau.
Les autres statues, un Sacré-Cœur, un Christ en croix, un saint Joseph et une Immaculée-Conception, sont des plâtres polychromes. Les deux tableaux du chœur, une Madone à l’enfant et un calvaire ne sont pas identifiés, mais datent de la fin du XIXe siècle.
L’église de Sainte-Pétronille, entourée de son vieux presbytère et du cimetière paroissial, apparaît digne et comme isolée du monde. Elle monte la garde et veille sur son île depuis plus de 150 ans.
Photo : L’église construite entre 1871 et 1873, selon les plans de l’architecte Joseph-Ferdinand Peachy, monte la garde et veille sur son île depuis plus de 150 ans. © Marc Cochrane


