Petite, Vicky Bélanger enfourchait son vélo pour aller voir les pompiers intervenir lorsqu’un incendie se déclarait. Déjà fascinée par leur travail et animée par l’envie d’aider les autres, elle était pourtant loin d’imaginer qu’elle se retrouverait un jour à la tête du Service de sécurité incendie de Sainte-Famille, une première à l’île d’Orléans.
Son parcours dans le milieu débute en 2013. Alors qu’elle étudie en prévention incendie au cégep, elle découvre dans Autour de l’île une annonce de recrutement de pompiers à Saint-Pierre. Encouragée par un collègue de classe, elle pose sa candidature et est retenue.
Elle fait ses premières armes à la caserne de Saint-Pierre avant de joindre celle de Sainte-Famille après son déménagement. Désireuse d’approfondir ses connaissances, elle poursuit différentes formations, notamment comme officière, et gravit progressivement les échelons.
Cette passion pour la sécurité incendie dépasse d’ailleurs son rôle à la caserne. Vicky Bélanger travaille également en prévention incendie pour la MRC de L’Île-d’Orléans, un emploi qui lui permet d’aborder le métier sous un autre angle. Elle participe notamment à l’évaluation des risques associés aux bâtiments, un travail qui contribue à déterminer les ressources à mobiliser en cas d’intervention.
Lorsque le directeur du Service de sécurité incendie de Sainte-Famille prépare son départ, l’idée que Vicky Bélanger puisse lui succéder commence à circuler. Elle hésite. Celui qu’elle doit remplacer possède plus de 40 années d’expérience dans le domaine. « Je voyais la marche extrêmement haute. Je me disais : je suis qui, moi, pour accepter ça ? », se rappelle-t-elle.
La confiance de ses collègues finit toutefois par avoir raison de ses hésitations. Pendant environ deux ans, son prédécesseur lui délègue progressivement ses responsabilités. Depuis son départ en novembre, elle assume pleinement la direction du service.
Toujours désireuse d’en apprendre davantage, elle poursuit sa formation en sécurité incendie afin de perfectionner ses connaissances et de pouvoir ensuite les transmettre à son équipe.
Veiller sur « son petit monde »
Derrière ce désir constant d’apprendre se trouve une motivation qui ne l’a jamais quittée : aider. Enfant, son père la surnommait d’ailleurs « Mère Teresa » en raison de sa tendance à vouloir venir en aide aux autres.
Aujourd’hui, cet instinct se traduit par un profond sentiment de responsabilité envers les citoyens.
« J’ai vraiment l’impression de veiller sur ma communauté. C’est comme mon petit monde. J’aime ça quand tout va bien et, quand il y a un problème, ça va me fatiguer tant que ce ne sera pas réglé », confie-t-elle.
Sur l’île, les services incendie fonctionnent en entraide. Lorsqu’une intervention nécessite davantage de personnel ou de ressources, plusieurs casernes peuvent être appelées à travailler ensemble. Cette collaboration est d’autant plus importante que les pompiers doivent notamment composer avec les particularités d’un milieu rural et assurer l’approvisionnement en eau lors de certaines interventions.
À Sainte-Famille, les pompiers agissent également comme premiers répondants lors de certaines urgences médicales. Une dimension qui rejoint particulièrement Vicky Bélanger dans son désir d’aider.
Cette proximité avec la population donne toutefois au métier une dimension particulière. Les personnes auprès desquelles les pompiers interviennent sont parfois des connaissances, ce qui peut rendre certaines situations plus difficiles.
« On n’aime pas voir la détresse humaine. On aime pouvoir aider et faire une différence », souligne-t-elle.
Maman et cheffe pompière
Mère de quatre enfants, Vicky Bélanger doit également composer avec l’imprévisibilité des appels. Un déjeuner, un souper, une fête familiale ou même Noël peuvent être interrompus par une urgence.
« On peut être appelés n’importe quand. En étant directrice, c’est comme si j’étais tout le temps disponible, 24 heures sur 24 », explique-t-elle.
Ses enfants ont grandi avec cette réalité. Ils savent qu’au déclenchement d’un appel, leur mère peut devoir partir sans savoir exactement quand elle reviendra. Au fil des années, la famille s’est donc adaptée à cette disponibilité particulière qu’exige le métier.
Ses enfants découvrent aussi une autre facette de son travail lorsqu’elle visite les écoles et les garderies dans le cadre d’exercices d’évacuation. Elle y présente notamment son équipement afin que les enfants apprennent à reconnaître un pompier portant un masque et n’en aient pas peur lors d’une situation d’urgence. Une mission dont ses propres enfants sont fiers.
Après 13 années dans le domaine, décrocher demeure difficile pour Vicky Bélanger. Même lorsqu’elle quitte l’île et manque une intervention, elle ressent le besoin de communiquer avec ses collègues pour savoir ce qui s’est passé.
Cette implication, elle la retrouve chez les membres de son équipe. C’est d’ailleurs sur eux qu’elle souhaite attirer l’attention lorsqu’on lui demande quel message elle aimerait transmettre.
« Les gens ont la chance d’avoir des pompiers qui ont déjà un autre métier, qui sont déjà surchargés et qui donnent cœur et âme », rappelle-t-elle.
Pour Vicky Bélanger, derrière chaque intervention se trouvent ainsi des hommes et des femmes qui mettent momentanément leur propre quotidien de côté pour répondre à un appel. Une disponibilité et un engagement qui lui permettent, à sa manière, de poursuivre ce qui l’animait déjà lorsqu’elle était enfant : veiller sur les autres.
Photo : Vicky Bélanger arbore fièrement l’uniforme du service incendie de Sainte-Famille. © Marc Cochrane



