Louise V. Labrecque
Né à Saint-Laurent-de-l’Île-d’Orléans le 22 novembre 1846, fils du forgeron Joseph Gosselin et de Soulanges Lapierre, David Gosselin est l’historien de Saint-Laurent-de-l’Île-d’Orléans. La bibliothèque de cette pittoresque municipalité porte d’ailleurs fièrement son nom, et ce, à juste titre.
David Gosselin avait six frères et trois sœurs, auxquels il restera lié sa vie durant. Ses origines sont humbles et modestes, mais il eut la chance d’entrer au Petit séminaire de Québec, le 4 février 1861. Il y fera des études brillantes et il publiera, en 1908, un livre captivant sur ses années au Séminaire, Les étapes d’une classe au Petit Séminaire de Québec.
Ayant senti l’appel du sacerdoce, il entra au Grand séminaire de Québec en 1868. Après y avoir étudié la philosophie et la théologie, il fut ordonné prêtre à Lévis le 26 mai 1872. Cette même année, il fut nommé vicaire à Saint-Thomas/Montmagny, puis à Sainte-Anne-de-Beaupré, en 1874, et enfin aux Éboulements durant quelques semaines, en 1876. Il aima particulièrement la ville de Québec. Il sera vicaire à Saint-Roch, en 1876, puis desservant à Notre-Dame-de-la-Garde, près de Québec, en 1882. Il devient curé de Saint-Honoré de Beauce en 1885. Il sera ensuite curé de Cap-Santé, en 1887, puis curé de Charlesbourg, en 1899.
Féru de lettres, il fut, de 1888 à 1901, rédacteur de l’hebdomadaire La semaine religieuse de Québec. Il est également l’auteur des ouvrages suivants : Manuel du pèlerin à la Bonne Sainte-Anne-de-Beaupré ; Abrégé complet de l’Histoire Sainte à l’usage des écoles ; Tablettes chronologiques et alphabétiques des principaux événements de l’Histoire populaire de l’Église du Canada ; Catéchisme populaire de l’Encyclique sur la condition des Ouvriers ; Le Code catholique ou Commentaire du Catéchisme de la Province de Québec (réédité plusieurs fois depuis 1896), sans oublier son Histoire du Cap-Santé, sa Généalogie de la famille Gosselin, ses Pages d’histoire ancienne et contemporaine de ma paroisse natale. Cette publication a conduit à sa monumentale histoire en trois tomes de Saint-Laurent-de-l’Île-d’Orléans, intitulée Figures d’hier et d’aujourd’hui à travers Saint-Laurent, parue en 1919. Cet abbé à la plume prolifique et chercheur invétéré publia un Dictionnaire généalogique des familles de Charlesbourg.
De ce corpus impressionnant, je vous invite à lire spécialement Pages d’histoire ancienne de ma paroisse natale, publié en 1904, et que l’on trouve aisément dans les archives numériques de Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Il y traite de Saint-Laurent et de ses gens d’une manière fort émouvante.
L’abbé Gosselin fut reçu par la Société royale du Canada pour les mérites de son œuvre littéraire. En 1920, il se retira chez les Sœurs blanches de Québec où il mourut six ans plus tard, un 2 mars. Il est inhumé au cimetière de Charlesbourg, dont il fut longtemps le curé et, comme pour son village natal, l’historien.
La contribution de ce prêtre natif de Saint-Laurent-de-l’Île-d’Orléans à notre histoire littéraire et à notre patrimoine religieux est immense. Aujourd’hui encore, son œuvre éclaire et inspire les chercheurs. Ses travaux furent salués de tous les journaux de l’époque, le qualifiant de l’un des auteurs les plus féconds et aisés à découvrir. Ainsi, dans la revue littéraire Le Canada français, au moment de la sortie de ses Figures d’hier et d’aujourd’hui à travers Saint-Laurent, on écrivait : « La langue qu’écrit monsieur le Chanoine Gosselin, en particulier, est d’un naturel parfait ; les fleurs littéraires n’y abondent guère, mais, par contre, elle est claire et correcte, et surtout piquante. À tout instant vous tomberez sur quelques tournures originales et pittoresques qui égayent l’esprit du lecteur. Je crois que je reconnaîtrais partout une page de M. Gosselin, quand même il ne l’aurait pas signé. Il me semble que l’on ne peut dire cela que d’un véritable écrivain. Il ne suffit pas, pour atteindre un haut degré dans l’échelle littéraire, d’écrire comme tout le monde, fût-ce tout le monde qui écrit bien. »
L’abbé David Gosselin ne faisait toutefois pas l’unanimité, ayant été à ses heures un polémiste ardent. Par exemple, il fera une croisade personnelle de la défense des droits des Franco-Manitobains, menacés de perdre leurs écoles. Il condamnait vertement toute ingérence de l’État dans les affaires de l’Église. Quoiqu’on en dise, cet homme fougueux, ce fin lettré, cet historien passionné fut entièrement dédié à ses convictions et l’idée de vérité morale à laquelle il adhérait a exigé de lui qu’il donne le meilleur de lui-même en toute chose. Près d’un siècle après sa mort, son œuvre est là, prête à nous éclairer sur l’histoire de son patelin natal de Saint-Laurent de l’Île-d’Orléans et de ceux qui l’ont faite.


