Cercle de fermières de Saint-Jean

C’est le 5 mai dernier que notre cercle soulignait ses 95 ans d’existence puisqu’il a été fondé le 5 mai 1921, à Saint-Jean. En 1998, madame Rolande Désilet Bonnenfant signait, dans une page du journal Le Phare, de Saint-Jean, un article élogieux sur le Cercle de fermières de Saint-Jean. Vous reconnaîtrez M. Alphonse Désilet, père de Rolande D. Bonnenfant, Évangeline Pouliot, qui régna 35 ans comme présidente, et finalement madame Georgiana Fillion, première présidente, en 1921.

Pour la terre et le foyer – Cercle de fermières (texte de 1998 paru dans Le Phare)

C’est cette jolie devise qu’adoptaient, en 1915, messieurs Georges Bouchard et Alphonse Désilets pour les Cercles de fermières qu’ils venaient de fonder. Le premier cercle fut créé à Roberval, le second, à Chicoutimi, et la bonne semence se répandit rapidement à travers toute la province.

Le Cercle de Saint-Jean naquit en 1921 et sa première présidente fut madame Georgiana Fillion, mariée à Pierre Pouliot. Les Pouliot tenaient pension et Alphonse Désilets avait logé chez eux; il y avait installé son bureau d’agronome responsable de l’île et de la Côte-de-Beaupré. Il connaissait le dynamisme de la dame, qui, en plus d’accueillir des pensionnaires, tenait le central téléphonique et gérait les affaires de son mari, fort entreprenant.

En 1926, à la suite d’un malheureux accident, les Pouliot durent vendre leur maison et quittèrent l’île. Adieu Georgiana! Pour lui succéder à la présidence, on offrit le poste à mademoiselle Évangéline Pouliot, fille du pilote Joseph Pouliot, célibataire, gracieuse et distinguée, qui accepta.

Ce fut un règne heureux, étalé sur trente-cinq années. «Mademoiselle Évangéline», ainsi que tout le village la nommait, prit son rôle très à cœur et s’y dévoua entièrement. Encouragées par elle, les fermières accoururent, les travaux s’intensifièrent et très tôt on décida de tenir chaque année une exposition, en automne. Toutes les formes d’artisanat, bien sûr, y figureraient, mais aussi les trésors du jardin, fleurs, fruits et légumes, conserves et confitures.

L’occasion était solennelle, on s’y préparait de longue date. Monsieur le curé et monsieur le maire y prononçaient des discours. Le ministère de l’Agriculture, qui supervisait tous les cercles, mandatait un expert pour juger les exhibits et décider du palmarès. Mademoiselle la présidente, fine mouche, adressait une lettre d’invitation à messieurs les députés du comté; une année, le fédéral et l’année suivante, le provincial. Ils venaient parfois, en personne, mais toujours, au moins, manifestaient leur intérêt pour leurs «chères électrices» en faisant parvenir un prix… la plupart du temps, cinq dollars (c’était beaucoup d’argent en ces temps bénis!). La présidente en faisait bon usage, divisant la somme en plusieurs catégories pour contenter plus de participantes. Je me souviens très bien d’avoir entendu proclamer: «Madame une telle, troisième prix de betteraves, 35 cents!», (le premier prix devait être un dollar) et la dame était partie contente.

Mademoiselle Évangéline (pour moi, tante Évangéline), éternelle brodeuse de tabliers, fileuse de dentelle, crocheteuse de tapis, fabricante de chemins de table, tricoteuse d’afghans; exécutrice de petit-point, championne de purée de pommes, toujours amène et souriante, votre souvenir demeure, emmêlé à jamais dans celui du Cercle de fermières de Saint-Jean.

Et vous toutes, belles dames, qui, aujourd’hui encore, prolongez les traditions de ce cercle après plus de 75 ans, soyez bénies de consacrer vos pouces verts, vos doigts de fées, vos imaginations créatrices, à la terre et au foyer.

Ginette Huot – Cercle de fermières de Saint-Jean

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