Chronique Nos églises, notre histoire: Je marche dans les pas lumineux de mes ancêtres

Louise V. Labrecque

Parce que chaque église possède sa beauté, sa lumière, son silence, je contemple longuement ce que nous avons construit collectivement, un peu comme le semeur regarde son champ; et je n’en reviens pas. Comment pouvons-nous en revenir, en effet, d’un tel héritage. D’un point de vue artistique, c’est un chef-d’œuvre ; d’un point de vue historique, un témoignage éloquent du passé, ce pays de nos pères et de nos mères. En effet, le Québec que j’aime n’est plus ce Québec-là, et pourtant il en porte toujours aujourd’hui les stigmates. Nous sommes toutes et tous issus de ce prodigieux miracle de notre histoire religieuse, et nous en sommes donc maintenant sinon les gardiens, du moins les témoins vivants.

Imaginez de quelle ferveur s’illuminait l’esprit de nos ancêtres ! Ne faudrait-il pas apprendre, nous aussi, à vivre avec moins, partager davantage et remettre en cause les excès de l’ère ultra-individualiste, dont nous sommes les sous-produits ? Sommes-nous dans une impasse par rapport à nos valeurs ancestrales ? La substitution incessante du nouveau à l’ancien est désormais une norme socialement acceptée; or, cette création destructive ne participe pas positivement de notre culture. Il est grand temps de rallumer toutes nos églises; avec les vitraux, tableaux, sculptures !

L’art sacré, c’est aussi notre vieux savoir-faire, celui de nos artistes et de nos artisans. C’est aussi notre langue, notre vieux-parler, avec nos valeurs, nos chants et nos traditions. Ce sont véritablement des exemples de ce que le Québec a fait de plus beau ; un genre de noblesse de l’esprit: la grande classe, quoi ! Telle est la raison pour laquelle nous acceptons que l’État se mêle parfois de nos affaires car il apparaît comme relativement neutre et égalitaire.

Ainsi, nous ne voulons pas trop insister sur combien pèse une église en capital tant un océan sépare souvent les cultures en cause ici; et il serait vain de chercher à établir une hiérarchie entre elles. Il y a une raison à cette démission : cherchons-la. Nous pouvons qualifier de faute grave tout comportement de nature à nuire à la réputation de l’Église. Nous pouvons également critiquer l’idée d’imposer une religion officielle en la faisant entrer de force dans les crânes. Néanmoins, la mémoire a perduré, même s’il a fallu pour ce faire, marquer une certaine rupture dans les mentalités. 

Ainsi, plus encore qu’un lieu de prières et de réflexion, les églises furent la locomotive qui nous tirait tous, pendant des décennies, à travers la richesse inouïe de son patrimoine vivant, à l’île d’Orléans et partout au Québec. C’est cela, notre patrie intime. Les ravages de l’ouragan de l’église romaine n’y changent rien : nous sommes du côté de l’idée de reconstruction. Le défi est envisageable si nous ajoutons à celle-ci la croissance et l’innovation.

Comment faire? D’abord, prendre la vieille route, le chemin du Roy, ce chemin royal de nos ancêtres, pour aller véritablement à la rencontre des gens. Il sera heureux et rassurant de trouver, au milieu des discours d’opposition superficiels sur la politique actuelle du gouvernement, une réflexion personnelle, sensible, intelligente et constructive. De ce fait, comment rebâtir une église nouvelle, une église capable de métamorphose ? Surtout, il faudra éviter de parler de pédagogie, tant celle-ci n’est pas encore à la hauteur de notre désenchantement. Nous devons éviter cette tentation. La solution : une bouffée de volontarisme; c’est bon pour le moral ! Oui, il y a un sacré boulot à entreprendre…  La suite, dans ma prochaine chronique !  

Capsule : « Nous sommes bâtis pour l’inaccessible » – Félix Leclerc

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