Amoureux du patrimoine, le président de la Fabrique de Sainte-Famille, Robert Filion, s’enflamme lorsqu’il parle de la richesse de nos églises et de tout ce qui se rapporte au patrimoine religieux de l’île d’Orléans. Rejoint en visioconférence par le journal Autour de l’île, M. Filion se dit toutefois préoccupé par l’avenir de ce patrimoine qui fait la fierté des insulaires et qui attire chaque année tant de touristes et visiteurs.
La Fabrique de Sainte-Famille gère les biens matériels religieux. Elle est composée d’une équipe de marguilliers et de marguillières de toutes les municipalités, de l’abbé Robert Côté et de l’abbé Laurent Penot.
D’entrée de jeu, l’homme volubile expose l’état de la situation actuelle qui ne surprend personne : « La fréquentation de nos églises, comme ailleurs au Québec, diminue depuis longtemps déjà. Les cérémonies religieuses comme les baptêmes et les mariages sont en baisse, de même que les revenus de capitation. La population vieillit et les jeunes pratiquent moins. » « Dans le contexte sanitaire actuel, c’est pire encore », dit-il.
Pourquoi sauver le patrimoine religieux ?
Le patrimoine religieux de l’île d’Orléans est unique et précieux. M. Filion en parle avec enthousiasme et fierté : « L’église de Sainte-Famille et sa chapelle de procession, celles de Saint-Pierre (l’ancienne), de Saint-Jean et de Saint-François ont été construites sous le Régime français au XVIIIe siècle. Au Québec, c’est aussi à l’île qu’on retrouve la plus grande concentration d’églises érigées sous ce régime. »
Ces temples religieux, ajoute-t-il, regorgent de trésors inestimables. Ils abritent des œuvres d’artistes et d’artisans réputés tels la famille Baillairgé et le frère Luc. Ce sont de véritables musées ! Tout comme sont riches en histoire les autres églises sur l’île qui ont été dessinées par des architectes reconnus. »
Le patrimoine religieux à l’île d’Orléans c’est :
8 églises, dont six en pierre, construites à partir du XVIIIe siècle
5 chapelles de procession
2 calvaires
19 croix de chemin
Une chapelle anglicane, St-Mary’s, à Sainte-Pétronille
Or, malgré les efforts de la fabrique pour réduire ses dépenses administratives et chercher des sources de financement en vendant des terrains, des presbytères, le patrimoine religieux reste fragile à l’île d’Orléans. Le président tenait à en informer la population, car tous les insulaires sont concernés par cette situation.
Des solutions…
Toutefois, M. Filion reste rassurant et optimiste même si la situation du patrimoine religieux est précaire. Il sent l’ouverture des politiciens locaux à s’investir et l’attachement des gens pour leurs églises. Il se réjouit de voir des bénévoles s’engager pour maintenir ouvertes les églises, l’été, même s’il en faudrait encore plus. Il cite avec fierté l’exemple d’un résident de Saint-Jean qui a levé la main pour entretenir la petite chapelle sise près de son terrain et d’autres personnes qui travaillent à une exposition à venir à l’église de Sainte-Famille. Il met surtout beaucoup d’espoir sur les retombées du comité de plan de développement immobilier (PDI) présidé par Jean Vaillancourt. Ce comité a été mis sur pied pour évaluer la pertinence des biens religieux et soumettre des propositions pour réinventer et protéger le patrimoine religieux de l’île. Les insulaires seront d’ailleurs consultés prochainement à ce sujet.
Pour en donner un aperçu, bien des hypothèses sont actuellement sur la table. De l’avis du président de la Fabrique de Sainte-Famille, l’une des avenues convoitées serait de voir la communauté insulaire se réapproprier les lieux de culte en milieu de vie. Il cite l’exemple des églises en Europe : « Là-bas, ces endroits sont des lieux de partage et d’échange. Les gens, en dehors des offices religieux, vont lire, discuter, assister à des spectacles ou à des conférences. »
« L’une des avenues intéressantes est que les insulaires se réapproprient les lieux de culte en milieu de vie. L’exemple des églises en Europe est intéressant !» – Robert Filion
Chez nous, mentionne-t-il, le cas de l’église de Sainte-Pétronille est prometteur puisqu’elle s’est donné une seconde vocation. Depuis quelques années, l’art et la culture cohabitent dans ce lieu de culte. Des concerts et des expositions d’artistes y sont présentés l’été. Ajoutons aussi aux propos de M. Filion l’exemple du vieux presbytère de Saint-Pierre transformé en auberge il y a plusieurs années et celui de Saint-Laurent qui renaîtra prochainement en milieu communautaire et commercial tout en conservant son caractère patrimonial.
Tout ce remue-méninges pour aider à marier le religieux à la communauté est en pleine ébullition à l’île d’Orléans. Le curé Robert Côté, originaire de l’île, accompagne les membres dans ce processus de réflexion.
En terminant, le président rappelle que la volonté de la Fabrique de Sainte-Famille est toujours de protéger l’avenir des églises et du patrimoine religieux de l’île d’Orléans. Mais pour y arriver, il demande l’appui de la population et des politiciens locaux pour rendre ces lieux de culte dynamiques et vivants. Site à consulter : www.fabriquestefamilleio.org/


