Saviez-vous qu’il y a eu une autre église avant celle d’aujourd’hui à Sainte-Famille ? Que les cloches ont un langage ? Que l’on achetait des bancs autrefois ? Que les vitraux cachent des symboles ? Que le bâtiment patrimonial renferme des œuvres d’art à découvrir ?
Autant de questions auxquelles vous aurez des réponses en visitant l’exposition qui aura lieu cet été à l’église de Sainte-Famille. Le journal a rencontré le responsable de l’activité, Henri-Paul Thibault, consultant en histoire et patrimoine technologique et culturel.
Historien de formation et passionné par l’art religieux, Henri-Paul Thibault a mis toutes ses énergies dans la préparation de cette exposition qui lui tient à cœur. Il s’est entouré d’une équipe de bénévoles, dont l’auteure de l’article, pour qu’elle voit le jour cet été.
Le but de l’exposition à l’église de Sainte-Famille est de faire connaître les œuvres d’art et leur signification sur le plan religieux.
Qui, dit M. Thibault, connaît la signification des ouvrages et les artistes qui se trouvent dans cette église construite au 18e siècle sous le Régime français ? L’exposition est une façon, selon le responsable, d’ouvrir l’art au grand public en développant sa sensibilité envers ce patrimoine mal connu qui nous renvoie pourtant aux sources de notre culture française en Amérique du Nord.
Par exemple, on oublie que des gens de l’île ont contribué, par leur talent artistique, à embellir l’église. L’historien cite en exemple le nom du menuisier charpentier Gosselin, de Saint-Laurent, qui a réalisé la lampe du sanctuaire et celui de Jean-Charles Paquet, un doreur et résident actuel de Sainte-Famille. Plusieurs autres artisans comme eux ont fait beaucoup pour cette église et ne sont pas passés à l’histoire.
« L’église était à l’époque le premier contact des habitants avec l’art et la chance, pour l’artiste, d’y faire valoir son talent comme dans un lieu d’exposition. » – Henri-Paul Thibault
Un aperçu
En circulant dans ce lieu historique où la beauté de l’art saute aux yeux à chaque instant, Henri-Paul Thibault nous montre avec fierté des tableaux qui font la renommée de cette église. Sur les murs du bâtiment, on peut tout d’abord contempler le fabuleux tableau de la sainte Famille. Cette toile est une œuvre rare de Claude François, dit frère Luc, artiste récollet.
« S’il y a une œuvre majeure dans cette église, c’est bien celle du frère Luc. »
C’est lui, ajoute M. Thibault, qui l’a réalisée pendant son séjour en Nouvelle-France, de 1669 à 1671. Heureusement, on a réussi à la sauver lors de la destruction de la première église qui tombait en ruines. »
L’historien commente les tableaux et les sculptures réalisés par les Baillairgé, des figures artistiques dominantes au Québec au 19e siècle. On comprend mieux alors la signification de leurs œuvres ainsi qu’un pan de l’histoire de cette famille d’artistes. On remarque la présence de sculptures importantes de Louis Jobin et Médard Bourgault, celui qui a réalisé le chemin de croix en bois. Et… Henri-Paul Thibault s’arrête de parler quelques instants. Il pointe du doigt la voûte de style rococo pour qu’on l’admire. Même après autant d’années à s’en occuper, M. Thibault est toujours ébahi par l’architecture particulière de cette église qui porte à méditer.
« On a mis trois ans, soit de 1743 à 1748, pour construire l’église actuelle. Ce sont les paroissiens qui ont fourni le bois gracieusement alors que les habitants de Château-Richer ont offert la pierre qui la recouvre ; ce sont eux, d’ailleurs, qui l’ont transportée sur le fleuve gelé, l’hiver. » – Henri-Paul Thibault
M. Thibault parle avec enthousiasme des œuvres de la famille Levasseur; certaines sont ici, dont le tabernacle du maître autel réalisé en 1749. À propos de cette famille, M. Thibault raconte une anecdote touchant cette longue lignée de descendants de maîtres menuisiers et de sculpteurs durant tout le 18e siècle.
« Peu de gens savent que l’une des premières familles Levasseur était venue s’établir à Saint-François. Et comme les hommes n’aimaient pas l’agriculture, ils avaient décidé de vendre leur terre pour vivre de leur art, ailleurs. »
Les réalisations de cette famille de sculpteurs s’étendent en fait sur plus d’un siècle.
Et M. Thibault de conclure : « L’église était non seulement un lieu de culte pour les paroissiens, mais aussi un centre d’art à l’époque. C’était, pour les artistes, une façon de vivre de leur art et de faire valoir leurs œuvres même si elles étaient commandées par l’Église.
C’est ce que souhaite faire revivre l’historien, cet été, en permettant au public de voir l’exposition à l’église de Sainte-Famille. L’activité est gratuite. Henri-Paul vous attend !


