Le franglais, ça vous dit quelque chose ? Selon Wikipédia c’est une langue française fortement anglicisée dans l’expression écrite comme orale. Elle a toujours été courante au Québec mais, depuis quelque temps, elle a le vent dans les voiles surtout chez les plus jeunes. Et même, beaucoup d’entre nous l’avons adoptée sans vraiment le réaliser.
Le drame du franglais, actuellement, c’est qu’il est utilisé à toutes les sauces et un peu partout, tant sur les réseaux sociaux, à la télé que dans la rue. Bien sûr, me direz-vous, cela fait partie de l’évolution de la langue et de notre société. Après tout, on parlait bien le joual dans les années 1960 et on peut même dire qu’il a un certain lien de parenté avec le franglais. Il n’était pas rare, à l’époque, d’entendre sonner des mots tels dash (tableau de bord d’une auto), coat (manteau), check (vérifie), call (appel)… Et les Marcel et Albertine du théâtre et des romans de Michel Tremblay, ces personnages haut en couleur, perpétuent toujours ce langage d’un autre temps. Or, de nos jours, avec le franglais, on est ailleurs, même si certains mots comme anyway se sont fidélisés avec le temps.
Le français en péril ?
Cette situation m’inquiète car on perd nos repères linguistiques. Ils disparaissent comme par enchantement. Les règles, les mots, les phrases changent. De nouvelles expressions naissent et teintent nos échanges. On parle, surtout chez les plus jeunes, à coup de nice, cool, chill, right, by, hey… L’alternance entre le français et l’anglais dans une seule et même phrase devient « la » norme. De plus, les abréviations se multiplient, à l’image de la langue de nos cousins, les Français. Les phrases sont aussi plus courtes, comme nos textos. En conséquence, le franglais du 21e siècle devient « nice » pour à peu près tout le monde. C’est lui qui est au goût du jour dans la façon de parler, comme le joual l’était avant et les émoticônes le sont maintenant… sans alphabet.
Si bien que la langue de Molière est si malmenée qu’on la comprend de moins en moins bien. C’est Marcel Dubé (1930-2015), ce dramaturge québécois à succès, qui doit se retourner dans sa tombe, lui qui accordait une grande valeur à la langue maternelle, même pendant la période intense du joual. Il m’est facile aussi d’imaginer la déception du grand poète Gilles Vigneault, lui qui l’a vantée en écrivant : « Il faut dire les choses de tous les jours avec les mots du dimanche. »
Or, tout cela est dérangeant, comme l’instabilité de la météo au Québec. Je me demande où cela va nous mener ? De quel bord le vent va tourner pour cette langue qui a façonné le peuple québécois et lui a donné sa propre couleur ? C’est Yves Duteil qui serait déçu de voir que, dans la francophonie, sa chanson La langue de chez nous risque de sombrer dans l’oubli.
https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/dube–marcel;https://www.lesechos.fr/weekend/mode–beaute/smiley-50-ans–et–toujours–le–sourire-1385710


