Le premier ministre du Canada, Mark Carney nous a parlé de « partenariat » dans son discours à la Citadelle de Québec en janvier dernier, faisant référence aux suites de la victoire anglaise sur les Plaines d’Abraham en 1759. Il a été critiqué pour, à tout le moins, avoir eu une mémoire sélective des événements.
J’ai voulu le comprendre à partir du prisme de ce que des membres de mes familles ancestrales, Gagné et Gosselin, ont vécu, ces patronymes étant tous deux répertoriés dans la liste des familles souches de l’île d’Orléans. On doit réaliser qu’à ce moment, la Nouvelle-France existe depuis 150 ans et que la majorité de ses citoyens y est née. Des documents généalogiques permettent de mettre en relief certains effets de ces hostilités.
L’histoire, par exemple, d’Alexis Gagné, né à Montmagny en 1727, près d’un siècle après l’arrivée de ses ancêtres, Pierre et son frère, Louis, qui s’étaient établis sur la côte sud du fleuve. Alexis a été tué à l’âge de 32 ans, en septembre 1759, alors qu’il combattait à Québec. Il laissait sa veuve avec leurs sept enfants, sa fille aînée étant âgée de 13 ans, le septième n’étant pas encore né.
L’histoire de François Gosselin est tout aussi tragique. Il est né à Saint-Laurent en 1688, descendant de Gabriel, qui s’y était installé en 1664. Ce patriarche décède le 11 décembre 1759, à l’âge de 70 ans. Son épouse, Françoise Lemelin, ayant rendu l’âme quelques semaines auparavant, le 29 octobre, à l’âge de 65 ans, la famine sévissant ayant vraisemblablement causé leur mort. Le couple avait eu sept enfants et trente petits enfants, la majorité installée sur l’île.
Dès son arrivée au printemps 1759, le général Wolfe avait ordonné d’incendier maisons et bâtiments et d’anéantir bétail et récoltes. On dit que 1400 maisons et bâtiments ont été détruits le long du fleuve et autour de Québec et qu’il ne resta que deux maisons sur l’île d’Orléans, où Wolfe avait établi ses quartiers. Il s’agit de la maison Drouin, à Sainte-Famille et du manoir Mauvide-Genest, à Saint-Jean.
Déjà, le froid s’installait en cet hiver 1759-1760 qui se pointait, les Canadiens sachant trop bien ce que cela signifiait, alors qu’ils n’avaient ni toit, ni denrées, ni eau potable, ni feu.
Survivants, nous le sommes !
Richard Gagné
Sainte-Pétronille



One Comment
Je pense que la famille Turcot a dû évacuer notre maison à Sainte-Famille en 1759. Ils auraient passé quelques temps sur la Côte de Beapré avant de se réinstaller dans leur maison en pierre. La charpente de toit et une rangée de pierres en haut des murs ont été réconstruites par la suite, et la vie a continué sur leur terre nonobstant les bouleversements de guerre entre les deux pouvoirs Européens.
Les Anglais en 1759 n’étaient pas plus gentils que d’autres pouvoirs coloniaux de cette période. Les habitants anglais de Saint-Jean en Terre Neuve ont vu leurs maisons brûlées plus tôt par la France au 17e siècle. Si on se fie aux observations de l’époque, je pense qu’il faut ajouter des notes de la naturaliste Pehr Kalm de la Suède, qui a passé trois semaines dans la vallée du Saint-Laurent en 1749, lors de son voyage en Amérique du Nord. Il fut enchanté par ce qu’il a vu au Québec
« Entre l’extrême politesse dont j’ai joui ici et celle des colonies anglaises (au sud), il y a toute la différence… Ici, tout le monde est Monsieur ou Madame, le paysan ainsi que le gentleman, la fermière tout comme la plus grande dame. Les hommes sont extrêmement polis et saluent chaque personne qu’ils rencontrent dans la rue en levant leurs chapeaux ».
Ce n’est pas une catastrophe. Ce qu’on retient aujourd’hui à l’île est le même sens de la société et de la démocratie, ainsi qu’une culture et une langue résiliente, malgré les déboires des anciennes guerres européennes.