C’était un membre de la famille qui souriait tout le temps, comme si la vie était un jardin de roses en permanence. Son rire était contagieux. Inconsciemment, il semait le bonheur autour de lui, même les jours de pluie. Récemment, il est devenu une étoile dans l’univers. Ses funérailles ont été à l’image de ce qu’il était, lumineux et joyeux.
Il s’appelait Raymond. Il aurait pu être votre frère, un voisin, un ami… près de chez vous à l’île d’Orléans. Il avait 91 ans quand il est parti… avec sa fantaisie. Il avait une âme et un cœur d’enfant. Il les a conservés toute sa vie, en dépit des épreuves qu’il a traversées. Il dégageait une fraîcheur qu’on voit rarement chez un homme âgé. La vie le comblait même si elle était sans artifice, axée sur l’essentiel, la famille, les gens, la nature… À ses yeux, tout ce qui comptait, c’était l’être, et non le paraître. Raymond habitait une petite maison blanche en bois près d’une rivière, entourée d’une nature resplendissante, à l’image de ces paysages de l’île d’Orléans que Félix Leclerc a si magnifiquement chantés. Sa bonne humeur était proverbiale. Il accueillait des inconnus les bras ouverts comme s’ils faisaient partie de sa famille. Parlez-en à Daniel Lavoie, le chanteur venu du Manitoba, qu’il a hébergé chez lui à ses débuts pour lui donner une chance de réaliser son rêve de devenir artiste un jour. On connaît la suite…
Dans un monde où le sourire s’estompe au profit des émoticônes, Raymond en était le fier ambassadeur. Il émanait de lui une joie de vivre inoubliable et une douceur peu commune. Il était petit de taille, mais tellement grand et généreux de cœur. Raymond avait aussi beaucoup d’amis. Il a eu l’audace d’ouvrir le premier casse-croûte dans son coin, sur le bord de la route, comme ceux qui habitent le décor à l’île d’Orléans. Ses clients et ses amis s’en souviennent. Le jour de ses funérailles, ils sont venus lui dire qu’ils ne l’ont jamais oublié. La salle était bondée.
Ancien employé d’une grande compagnie de transport, Raymond aurait été fier de voir exposé, près de son urne funéraire, un camion-remorque miniature à l’image de celui qu’il avait conduit pendant une quarantaine d’années. Il parlait souvent de ce métier qu’il avait adoré… longtemps même après avoir quitté les routes ensoleillées des États-Unis. Avec humilité, il affichait ouvertement son exploit d’avoir roulé, sans aucun accident, plus d’un million six cent mille kilomètres. Malheureusement, sa conduite exemplaire ne l’a pas épargné d’un des grands drames de sa vie, la perte de son permis, causée par la maladie d’Alzheimer qui a eu le dernier mot. Il a mis du temps à l’accepter, sans pleurer. Son sourire a tout de même triomphé même s’il perdait graduellement ses repères.
Jusqu’à la fin de sa vie, Raymond aura été fidèle à lui-même en gardant le cœur à la fête. Chaque soirée musicale avec les aînés dans sa nouvelle vie loin de sa maison lui donnait l’occasion de s’éclater comme un gamin. Il était toujours le dernier à quitter la salle en chantant loin des siens.
Bref, Raymond, même s’il n’était pas une célébrité, mérite qu’on parle de lui, surtout dans l’état actuel du monde où la joie de vivre et l’émerveillement semblent des valeurs oubliées. Alors, Raymond, si tu m’entends, continue de faire briller et danser les étoiles dans le ciel en chantant la chanson qui te faisait rêver : Le petit voilier de Paolo Noël ! Tu es une source d’inspiration pour voir la vie en couleur !
Photo : Adobe stock, montage, Jean-René Breault



