Sainte-Famille, l’une des plus anciennes paroisses de l’île d’Orléans, conserve les traces d’une histoire meunière qui s’étend sur plus de deux siècles et demi. Ses moulins, à eau comme à vent, ont longtemps rythmé la vie des habitants de ce coin de pays façonné par le fleuve.
Un moulin à eau dès 1679
À Sainte-Famille, au pied de la falaise, au bord du fleuve, François Berthelot, le comte de Saint-Laurent et seigneur de l’île d’Orléans, fait construire un moulin à eau dès 1679. À cette époque, le moulin constitue une infrastructure essentielle de la vie seigneuriale : c’est là que les censitaires viennent faire moudre leur grain, comme l’exige le régime seigneurial de la Nouvelle-France.
Abandonné, ce premier moulin est remplacé en 1723 par un autre, auquel sera ajouté un moulin à vent à partir de 1841, vraisemblablement pour compléter le travail de la roue hydraulique lorsque le débit d’eau faisait défaut. Les vestiges de ce dernier moulin sont situés sur un terrain où subsiste la présence d’une tour en pierre en très mauvais état. Ce sont les restes de l’un des 18 derniers moulins à vent du Québec, témoins de plus en plus rares d’un mode de vie aujourd’hui disparu.
La fin d’une longue histoire
En ce qui a trait au moulin à eau, il cesse ses activités en 1934, après avoir servi pendant plus de deux siècles. Démoli en 1939, il a aussi été le lieu de résidence du seigneur Poulin et de sa famille, ce qui témoigne de l’importance sociale qu’occupait alors le moulin au sein de la communauté.
Le réputé ethnologue Marius Barbeau, grand défenseur des arts et traditions populaires du Canada français, s’est rendu quelquefois sur le site avec ses amis peintres du Groupe des Sept, afin de les sensibiliser au patrimoine et au paysage orléanais. Ces visites s’inscrivaient dans son vaste effort pour faire connaître et apprécier la richesse culturelle de l’île d’Orléans, qu’il considérait comme un véritable conservatoire des traditions du Québec ancien.
Un patrimoine fragile
Aujourd’hui, la tour en pierre qui se dresse encore à Sainte-Famille rappelle discrètement cette époque révolue. Sa préservation demeure un enjeu : chaque moulin qui disparaît emporte avec lui une part de la mémoire collective de l’île d’Orléans et du patrimoine bâti québécois.
Photo : Les vestiges d’un moulin à vent sont situés à Sainte-Famille. Entouré de végétation, on note la présence d’une tour en pierre en très mauvais état. © Pierre Lahoud





