L’agriculture biologique solidement implantée à l’île d’Orléans

L’expression « bio » s’est imposée dans notre vocabulaire alimentaire depuis une vingtaine d’années. S’il ne faut qu’une fraction de seconde pour prononcer le mot, il en est autrement de toutes les actions effectuées par les entreprises biologiques avant que leurs produits ne se rendent à la bouche du consommateur.

À l’île d’Orléans, on retrouve une quinzaine de producteurs qui ont choisi ce mode d’exploitation axé sur la protection de l’environnement, le maintien de la biodiversité et le respect des cycles naturels.

Selon le Conseil des appellations réservées et des termes valorisants (CARTV), l’agriculture bio a pris de l’importance à l’île puisque le nombre d’exploitations comptant des productions biologiques certifiées a bondi de 5 en 2010 (3 % de la part relative) à 16 en 2024 (10 % de la part relative).

Autour de l’île en a contacté quelques-uns afin de connaître leur motivation à opter pour la production biologique, les avantages mais aussi les défis à relever.

La pionnière

Jusqu’à preuve du contraire, Du Capitaine Ferme Vinaigrerie Distillerie constitue la première entreprise orléanaise à avoir obtenu sa certification bio émise par Groupe Ecocert, en 2006.

« Lorsque nous nous sommes mariés, en 2005, France (Gagnon), une naturopathe, m’a mentionné être intéressée à faire partie de l’entreprise à condition que la culture et la transformation des produits soient santé. L’aventure en a valu la peine », commente avec humour le copropriétaire de Du Capitaine Ferme Vinaigrerie Distillerie, Vincent Noël.

« Il a fallu arrêter d’utiliser des pesticides et des fertilisants de synthèse pour les remplacer par des produits naturels. Nous avons développé des façons de détruire les insectes nuisibles et les mauvaises herbes », mentionne M. Noël.

Des récoltes moins abondantes en raison de fertilisants moins efficaces font aussi partie des aspects négatifs de la production biologique, selon lui.

Du Capitaine Ferme Vinaigrerie Distillerie produit du cassis, de la gadelle, de la cerise, de la poire, de la lavande, de la menthe et de la rhubarbe, tous certifiés biologiques.

Agriculture alternative et diversifiée

La Ferme Marianne & Marion s’inscrit dans la reprise de la Ferme La Marianne, production fruitière implantée depuis une vingtaine d’années à Sainte-Famille.

« L’essence même de la ferme, dès l’origine, consiste à pratiquer une agriculture alternative et diversifiée qui favorise la santé des sols et des écosystèmes. L’exploitation est certifiée biologique par Ecocert Canada depuis 2017 et c’est donc naturellement que la relève a souhaité conserver ce gage de reconnaissance du travail effectué sur la ferme », souligne Marion Gosselin de la Ferme Marianne & Marion.

Pour obtenir cette certification, un parcours rigoureux de cinq ans est nécessaire pour s’assurer du respect du cahier des charges de l’appellation biologique et adopter les pratiques adéquates.

« C’est important pour nous que le consommateur ait un moyen efficace d’identifier nos fruits et comprenne ce qui les distingue d’un fruit conventionnel », poursuit Mme Gosselin.

La Ferme Marianne & Marion produit des petits fruits en été tels que les camerises, mûres sucrées, cerises, framboises, groseilles, etc., et les fruits de verger dès la fin de l’été dont les pommes, poires, prunes, raisins de table et même des pêches.

Protection de l’environnement

Implantée depuis quatre générations à Saint-Laurent, OhBio – Ferme Jean-Pierre Plante a pris le virage de l’agriculture biologique, en 2014, afin de produire des aliments de qualité, sans pesticides ni engrais chimiques. Cette orientation correspond aux valeurs et à la volonté de l’entreprise familiale de protéger l’environnement, la santé de nos sols et celle des consommateurs.

Dirigée par Jean-Julien Plante et son épouse Judith Lessard, OhBio – Ferme Jean-Pierre Plante produit des petits fruits (fraises d’été et d’automne, framboises, bleuets, mûres), des légumes de jardin (maïs sucré, tomates, poivrons, haricots, courgettes, aubergines et plusieurs autres légumes de saison), des produits de l’érable (sirop, beurre et tire d’érable biologiques), ainsi que de grandes cultures (seigle d’automne et soya).

L’agriculture biologique a occasionné plusieurs avantages : plus d’espèces d’oiseaux insectivores fréquentant les champs, la présence de prédateurs indigènes passant l’hiver sur la ferme, l’utilisation d’engrais verts qui a rendu les sols plus vivants et plus fertiles, ainsi que plusieurs bandes fleuries en bordure des cultures enrichissant le paysage et soutenant les pollinisateurs.

Mais l’agriculture biologique comporte aussi plusieurs défis.

« La gestion des ravageurs et des maladies sans pesticides chimiques demande une vigilance constante. Le désherbage manuel représente aussi une charge importante en temps et en main-d’œuvre. Les coûts de production étant plus élevés qu’en agriculture conventionnelle, nos prix sont moins compétitifs », explique Judith Lessard.

Par conviction

Située à Saint-Laurent, l’entreprise Les Oeufs d’Orléans a choisi l’agriculture biologique par conviction.

« C’est une démarche qui correspond à nos valeurs, particulièrement pour le respect du bien-être animal, de l’environnement et de la santé des consommateurs. L’élevage biologique permet de redonner du sens à notre métier en plaçant la qualité et la durabilité au cœur de notre production. C’est aussi une manière de participer activement à une agriculture plus responsable, plus transparente et plus respectueuse de la nature », affirme Annie D’Amours qui dirige la ferme en compagnie de son conjoint, Bruno Gosselin.

Engagé en agriculture biologique depuis sept ans, le couple a mûrement réfléchi son choix qui correspond à une volonté forte de produire autrement.

Productrice d’œufs biologiques, l’entreprise doit se soumettre à un cahier de charges précis qui implique des heures de travail supplémentaires versus les autres types de production.

Avec ses 16 000 poules pondeuses élevées selon les exigences strictes de l’agriculture biologique, l’entreprise limite la pollution des sols et de l’eau et contribue à la préservation de la biodiversité.

Photo : La Ferme Marianne & Marion s’inscrit dans la reprise de la Ferme La Marianne, production fruitière implantée depuis une vingtaine d’années à Sainte-Famille. © Ferme Marianne & Marion

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