Bonne Saint-Jean-Baptiste

Sabrina Gamache-Mercurio

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La Fête nationale de tous les Québécois est à nos portes. Au moment d’écrire ces lignes, je ne sais pas comment nous allons pouvoir nous retrouver et festoyer. Toutefois, cela reste une journée pour célébrer notre belle province ! Une fête dont les traces sur le territoire remontent aussi loin que 1636 !

Origines païennes

Il y a belle lurette que nos ancêtres fêtent à ce moment de l’année. À l’occasion du solstice d’été, on allumait un grand feu pour souligner la plus longue journée d’ensoleillement de l’année.

Ceux qui s’en souviennent penseront au texte sur Noël et la fête du solstice d’hiver qui rappelait que ces deux célébrations avaient été combinées pour en faire une fête religieuse. La fête du solstice d’été n’y échappe pas.

Saint Jean, appelé aussi « le baptiste », fut choisi pour représenter le solstice d’été. Jean était le cousin du Christ et aurait été le premier à être baptisé par ce dernier, d’où son association avec la fête de la lumière.

La Saint-Jean en Nouvelle-France

C’est dans les Relations des Jésuites, datant de 1636, que la Saint-Jean-Baptiste fut mentionnée sur le territoire de la Nouvelle-France pour la première fois. Le 23 juin 1636, le jésuite Louis Lejeune fut invité par le gouverneur de Montmagny à bénir le bûcher qui sera allumé pour la fête, dans une ville de Québec qui compte à peine 200 âmes. Cinq coups de canon suivirent l’embrasement du bûcher ainsi que quelques salves de mousquets.

Une fête nationale pour les Canadiens français

Le retour de la Fête au Bas-Canada, qui avait pris une longue pause après la Conquête de 1759, nous le devons à Ludger Duvernay, éditeur du journal La Minerve, très populaire à l’époque. Son but était patriotique et il voulait doter les Canadiens français d’une fête nationale.

Le 24 juin 1834, il tient un premier banquet de la Saint-Jean-Baptiste. Plusieurs notables de l’époque s’y joignent. La fête est un succès et plusieurs journaux s’emparent de l’événement en encourageant leurs concitoyens à faire pareil. M. Duvernay gagne son pari puisque dès l’année suivante, à pareille date, plusieurs villes et villages festoieront à la Saint-Jean-Baptiste qui demeure une fête religieuse avant tout.

Les festivités prirent une pause de cinq ans pendant la Rébellion des Patriotes (1837-1839), car Ludger Duvernay dut s’exiler à la suite des derniers événements qui ont secoué le Bas-Canada. Nombre de Canadiens français ressentent le besoin de se réunir et plusieurs Sociétés Saint-Jean-Baptiste voient le jour, indépendamment l’une de l’autre. Le 9 juin 1843, Duvernay fonde l’Association Saint-Jean-Baptiste et invite une seconde fois les Canadiens français à célébrer la Saint-Jean. Il dotera la fête d’une devise : Rendre le peuple meilleur. Cette année-là, le premier grand défilé eut lieu à Montréal.

La fête conserve son caractère très religieux au début ; d’ailleurs, dans le dernier char allégorique, nous retrouvions immanquablement un petit Saint-Jean-Baptiste personnifié par un enfant aux cheveux bouclés accompagné d’un mouton. Une tangente patriotique est rapidement associée à la fête et bientôt les défilés comporteront des représentations de personnages phares de la Nouvelle-France ainsi que de Canadiens français connus.

Massivement célébrée à Montréal et Québec, la fête gagne en ampleur et plusieurs municipalités participent aux festivités sur leur territoire. C’est en 1925 qu’elle devient enfin la Fête nationale de la province et un jour férié !

Souvenirs des Saint-Jean à Saint-Jean-de-l’Île-d’Orléans

La paroisse de Saint-Jean connut des fêtes nationales qui en ont marqué plus d’un. À commencer par le docteur Hubert Larue qui en garde de bons souvenirs. Il raconte qu’au début du 19e siècle, un bûcher était constitué devant l’église avec du cèdre et du pin, toujours fourni par M. Laurent Fortier. Le curé bénissait l’amas de bois et le tout était allumé par ce dernier le 23 au soir. Des gens de partout sur l’île se déplaçaient pour venir festoyer dans la paroisse. Il ajoute : « La coutume était de s’y rendre à cheval, les femmes en croupe derrière leurs maris. »

Mme Yolande D. Bonenfant, dans un article de la revue Cap-aux-Diamants, se souvient des Saint-Jean de son enfance. Le curé de l’époque, M. Joseph-Jean Hunt, commandait une barrique de 10 gallons de crème glacée que l’on servait fondante à la sortie de l’église. Le soir venu, il lançait des fusées que sa ménagère appelait Pierrot-technique.

Il ne faut pas penser que les autres paroisses de l’île n’avaient pas leur propre bûcher, au contraire. Dans le journal Le Soleil du 20 juin 1950, on publie l’horaire strict établi pour l’allumage du bûcher. On y voit que Sainte-Pétronille doit enflammer le sien à 10 h 30, Saint-Laurent et Sainte-Famille à 10 h 01 01, Saint-Pierre 10 h 01 45, etc.

Ceci n’est qu’un bref survol d’une fête toujours importante pour les Québécois. Pour certains, la Saint-Jean-Baptiste évoque plusieurs souvenirs avec nos parents, nos amis, nos enfants… J’espère que cette année elle vous apportera d’autres souvenirs à chérir avec vos proches ! Alors, en gardant mon 2 m de distance, je nous souhaite, à tous, une bonne Saint-Jean !

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