Récemment, j’étais dans un marché d’alimentation près des Galeries de la Canardière. J’attendais mon tour pour payer à la caisse. Au moment de la transaction, la caissière m’a réclamé 25 sous supplémentaires que je n’avais pas en petite monnaie. Et le plus étonnant est l’élan spontané de générosité de cet inconnu qui attendait dans la file derrière moi.
Un homme que je n’avais pas remarqué auparavant s’est empressé de sortir la pièce de monnaie d’une poche de son pantalon troué. Il me l’a tendue gentiment en souriant sans rien dire. Sa main trahissait un manque d’hygiène criant. J’ai alors vu son sourire édenté, ses cheveux ébouriffés et le peu de vêtements qu’il portait malgré une température très froide ce jour-là.
Sous son bras, il tenait précieusement un mets préparé, comme si c’était un trésor. À ses côtés, il surveillait son sac vert du coin de l’œil qui contenait probablement les seuls biens qu’il possédait. Cet acte de générosité m’a surprise et émue, surtout parce qu’il venait assurément d’un itinérant. Par compassion, j’ai refusé son 25 sous même s’il insistait en souriant pour que je le prenne.
On ne se rend pas compte à quel point l’itinérance est présente à Québec. Elle est en hausse même, si bien que depuis quelques années l’administration Labeaume mise sur des programmes de prévention et d’interventions pour lutter contre l’itinérance. La Ville réclame également l’aide du gouvernement pour s’en sortir. D’ailleurs, la situation ne se vit pas qu’ici. Bien des villes dans le monde éprouvent des situations problématiques avec l’itinérance.
À côté de chez nous
Des hommes, des femmes et des jeunes vivent l’itinérance au quotidien. On en voit sur la rue, dans des refuges et dans des abris de fortune, pas très loin même du pont de l’île d’Orléans. En novembre dernier, deux personnes, un homme et une femme ont perdu leur camp dans un incendie dans le secteur de Beauport, en bordure du fleuve. Les pompiers ont même remarqué dans un buisson, à côté, un autre abri encore occupé, soupçonnaient-ils, par d’autres personnes.
Souvent, on passe à côté d’eux sans les voir. D’autres fois, ils nous attendrissent surtout quand il fait froid dehors l’hiver. Peu vêtus et accompagnés de leur docile chien qu’ils traitent comme leur frère, ils tendent la main pour nous réclamer de l’argent pour se nourrir ou nourrir leur bête, disent-ils… Souvent, on doute de leurs intentions. D’autres fois, on donne malgré le doute que notre don serve vraiment.
Les itinérants font peur aussi. On n’ose pas les regarder dans les yeux comme si on craignait d’attraper leur mode de vie. Pas étonnant! Personne n’aimerait vivre une telle situation ou voir un proche choisir ou subir l’itinérance même si tout le monde théoriquement peut s’en sortir.
Qui sont-ils?
Selon le site du gouvernement du Québec, la plupart des itinérants sont des hommes adultes. Ils se retrouvent à la rue et souffrent souvent de maladie mentale, de dépendance à l’alcool, aux drogues, au jeu… Certains ont aussi choisi volontairement d’y vivre après des épreuves consécutives : pertes d’emploi, d’argent, de la famille, d’un conjoint…
Les femmes sont présentes aussi dans ce monde clos. Souvent issues de milieux violents, elles sont moins visibles, car elles se cachent temporairement dans des refuges, chez des amis, de la parenté ou elles tentent parfois de s’en sortir en se prostituant. Les jeunes ne sont pas épargnés pour autant. Ils vivent l’itinérance en faisant des allers-retours, pour dormir, entre dehors et la maison ainsi que d’autres lieux comme des refuges. Comme les adultes, ils sont trop souvent en situation précaire aux plans de la santé mentale et de la toxicomanie. Tout cela est fort préoccupant!
Capsule « Il est estimé que les régions du Québec ciblées comptaient, le 24 avril 2018, 5 789 personnes en situation d’itinérance visible, dont 845 dans des lieux extérieurs, soit 15 %. La majorité des autres personnes se trouvaient dans des services offrant de l’hébergement d’urgence ou de transition. » (Source : MSSS.gouv.qc.ca)
La suite…
Mais pour revenir à mon histoire personnelle, j’ai éprouvé un certain remords en refusant le don de cet itinérant généreux et bien intentionné. Aurais-je dû l’accepter malgré la condition qu’il affichait ? Quoi qu’il en soit, j’ai tout de même compris que peu importe qui c’est, donner fait toujours du bien.


