Robert Lévesque, menuisier-ébéniste de Saint-Laurent, sort de son emballage une baguette qu’il a lui-même faite maison. Son amour pour le pain a pris racine l’an dernier, parce qu’il aime partager avec les autres ce qu’il sait faire de ses mains.
Sa baguette parfumée voisinait le pain artisanal du village, préparé par Franck Marquet, membre d’une entreprise de construction et habitant de Sainte-Famille. Adrien Bobin, tailleur de pierre de Saint-Jean, accompagne son pain d’une sélection de charcuteries. Déguster des pains maison, accompagnés de fromage et de viande, est la nouvelle tradition qui suit généralement les discussions animées autour d’un projet novateur pour tous les insulaires : la construction du four communautaire.
« L’idée de construire un four à pain est née de la passion pour la cuisson du bon pain ! Et pour cuire du bon pain, il faut de la patience, de l’amour, de la passion, de la force, mais aussi, surtout, un four à bois ! », raconte Franck Marquet, qui a proposé cette idée à la communauté de l’île au printemps 2025.
« J’ai eu la chance de rencontrer un homme, un paysan fier et profondément enraciné dans la paysannerie française, qui m’a transmis l’art de la cuisson du pain dans un four à bois du XVIIe siècle. Ce four faisait partie intégrante de la vie quotidienne d’autrefois : construit à l’extérieur pour répondre aux besoins de tout le village, il était accessible à tous », ajoute-t-il.
L’amour du pain, de l’histoire et du patrimoine, voilà ce qui unit Franck, Robert et Adrien, ainsi que d’autres personnes ayant participé à la première réunion consacrée à ce projet, en mai 2025 à la salle municipale de Saint-Laurent. Une vingtaine d’habitants de l’île s’y sont retrouvés (certains ont décidé de faire partie du comité organisateur, d’autres du comité de construction, et d’autres encore, de participer activement).
L’idée a fait son chemin, et le groupe Facebook Four à pain communautaire de l’Île d’Orléans compte aujourd’hui 237 membres.
Mais pourquoi aurions-nous besoin d’un four communautaire sur l’île alors que presque tout le monde possède un four moderne, électrique ou au gaz, chez soi ? Y a-t-il une autre raison ?
« La construction d’un four à pain sur l’île d’Orléans ne pouvait être qu’un projet collectif ! Un lieu où des personnes qui se ressemblent peuvent partager des traditions, transmettre des connaissances et, surtout, tisser des liens sociaux forts », explique Franck Marquet, figure emblématique de la cuisine communautaire.
« Ma motivation première, c’est de participer à la création d’un lieu de rencontre, avant tout. Il y a aussi ma sensibilité au patrimoine et à sa préservation », ajoute Adrien Bobin, qui a réalisé des œuvres d’art public et des restaurations patrimoniales à l’Assemblée nationale, au Château Frontenac et au ministère des Finances.
« Ça permet de rencontrer des gens de partout sur l’île », mentionne Robert Lévesque, qui a traduit en image avec l’aide de l’intelligence artificielle, les futures rencontres communautaires autour du four.
Au cours de ces dix mois, une rencontre a eu lieu avec le groupe à l’origine du projet de four communautaire à Lac-Saint-Charles. Ont suivi plusieurs réunions des comités, un vote en ligne pour choisir le nom (Le Fourn’Île), le choix de l’emplacement (à Saint-Jean, près du nouveau centre sportif qui sera construit en face de l’église), la discussion sur les matériaux de construction (le nouveau four communautaire s’inspirera du four traditionnel québécois du XIXe siècle et sera construit en pierre, en argile et en bois), et l’élaboration du budget.
« Le budget est d’environ 16 000 $ pour la construction du four. Ce montant nous permettra probablement de faire l’inauguration et le lancement du four », a déclaré la coordonnatrice par intérim de la Démarche ICÎ, Louise Geoffrion, qui accompagne la communauté et le comité citoyen dans le développement de ce projet communautaire.
Louise Geoffrion accompagne les initiateurs du projet dans une collecte de fonds lancée à La Ruche afin de recueillir les premiers 2 500 $.
« Nous soutenons le groupe en recevant les dons et en assurant la gestion des fonds en son nom et avec son appui », mentionne Mme Geoffrion.
Pour participer à la campagne : http://laruchequebec.com/fourapain ; pour joindre le comité : directement auprès de Franck Marquet ou via la page Facebook officielle.
La construction est prévue pour l’été et l’ouverture pour septembre 2026. Dès lors, une nouvelle page de la vie communautaire à l’île pourrait s’ouvrir.
« Le four communautaire sera au service des citoyens ; des formations à son utilisation seront organisées et un horaire sera établi. Ateliers culinaires, événements culturels ou festifs (soirées pizza, soirées bœuf, soirées contes pour petits et grands, marchés de producteurs insulaires, banquets ou fêtes pour les résidents, festivals des fours à pain communautaires, invitations pour les organismes sociaux, culturels et historiques de l’île, …) pourront être organisés. Nous souhaitons que ce four devienne un élément essentiel de la vie de tous les insulaires ! », explique Franck Marquet.
Ce projet vise également à briser l’isolement et la solitude, car partager le pain apporte le bonheur.
N.D.L.R. Le texte original d’Oksana Mukhina étant rédigé en anglais, celui-ci a été traduit par le journaliste Marc Cochrane.
Photo : Le four communal est un lieu de rencontre, de rassemblement et de repas pris en commun autour d’une même table. (Image réalisée par Robert Lévesque assisté de l’intelligence artificielle.)


