Lorsque Félix Leclerc chantait l’île d’Orléans, ses maisons de pierre et de bois et ses clochers pointus, il avait sans doute en tête la silhouette de son village de Saint-Pierre et celle de son église, la plus ancienne sur l’île. Pour le Québec tout entier, cette petite église de pierre est un témoignage d’histoire et d’enracinement à la fois d’un village et d’un peuple.
Les premiers habitants construisent une première église de bois en 1662, qui est agrandie en 1673. Celle-ci est remplacée par l’église actuelle, construite en pierre entre 1717 et 1719. Plusieurs artistes ont œuvré au décor intérieur et au mobilier d’origine, dont l’un de nos premiers sculpteurs et décorateurs, Charles Vézina. Ce premier décor de l’église fut cependant ravagé et détruit par l’armée britannique qui occupe l’île en 1759.
Après les dévastations de l’invasion et de l’occupation anglaise, l’église de Saint-Pierre est restaurée et prolongée par le chœur en 1775. On y ajoute une sacristie en bois qui sera reconstruite en 1830 et en 1900. Son élégant clocher à lanterne, typique des églises de Nouvelle-France, est également remplacé au fil des ans. Celui que l’on peut voir de nos jours fut refait en 1830 et il est attribué au sculpteur André Paquet.
L’église fut restaurée et embellie au fil des XVIIIe et XIXe siècles. Les maîtres artisans, menuisiers et sculpteurs Gabriel Gosselin et Pierre Émond refont les autels, le mobilier et les boiseries.
Les spécialistes les plus avertis ignorent qui est l’auteur du tableau au-dessus du maître autel, lequel représente saint Pierre priant et se repentant de son reniement. Ce tableau réalisé dans le dernier quart du XVIIIe siècle a parfois été attribué à François Baillairgé, à Louis-C. de Heer ou à Pierre Émond, qui en a sculpté le cadre. Nous savons cependant que François Baillairgé (1759-1830), un des pionniers de la peinture et des beaux-arts du Québec, a réalisé les tableaux ornant les autels latéraux et représentant l’Immaculée Conception et l’éducation de Marie.
L’église de Saint-Pierre conserve aussi le souvenir de son plus illustre curé, Mgr Louis-Philippe Mariauchau d’Esgly (1710-1788), qui fut le huitième évêque de Québec et le premier né au pays. Devenu évêque du diocèse à un moment où l’Église catholique traversait une époque très difficile, il a décidé de conserver la responsabilité de sa chère paroisse de l’île d’Orléans et, à sa mort, il voulut y être inhumé sous l’autel. Ses cendres reposent aujourd’hui dans la crypte de la cathédrale Notre-Dame de Québec, mais on peut encore voir sa dalle funéraire sur le parquet du chœur de l’église.
L’église de Saint-Pierre est l’une des rares églises anciennes du Québec à avoir conservé ses bancs fermés qui permettaient aux fidèles de maintenir un peu de chaleur pendant les offices en hiver. La fabrication de ces bancs date du milieu du XIXe siècle. En outre, les visiteurs ne manquent pas de remarquer ce qui reste de l’ancien appareil de chauffage qui servait à tempérer l’église pendant la saison froide. On ignore l’auteur de ce fin travail de ferblanterie qui témoigne du souci apporté au décor de l’église, même pour un instrument destiné à une fonction pratique.
En 1953-1954, l’église étant devenue trop petite pour les besoins pastoraux de la paroisse, elle a été vendue au gouvernement québécois pour en préserver la valeur historique et on a construit à ses côtés une nouvelle église moderne. L’ancienne église désacralisée et son mobilier ont été classés à titre de monument historique par le Québec entre 1958 et 1965.
On y a parfois présenté des concerts de musique ancienne. Elle demeure ouverte aux visiteurs pendant la saison touristique et sa sacristie est devenue un lieu où l’artisanat local est offert au public.
Pétrie d’histoire, riche d’œuvres d’art et chargée de souvenirs, l’église de Saint-Pierre est assurément l’un des plus beaux joyaux du patrimoine québécois.
Photo : L’ancienne église désacralisée et son mobilier ont été classés à titre de monument historique par le Québec entre 1958 et 1965. © Marc Cochrane


