4 novembre 2007 — Deux chasseurs trouvent, dans le secteur de Saint-Pierre-de-l’Île-d’Orléans, un obus datant de 1870-1880. Des obus à l’île, est-ce possible ? Oui, cette histoire est malheureusement vraie.
Citadelle de Québec — hiver 1867. Les artilleurs ont placé […] leur cible de manière que les boulets prennent presqu’en enfilade le chemin qui conduit de l’île d’Orléans à Québec […] Ceux qui se trouvent sur le pont de glace sont jetés hors de leur voiture par leurs chevaux qui ne sont pas tous habitués à marcher à travers les boulets. — Le Courrier du Canada 04/02/1867
Août 1867 — Il est décidé, à la suite de plaintes des habitants de la Grande-Allée, de déplacer les exercices et les concours de tir au canon à Saint-Pierre-de-l’Île-d’Orléans. Le département de la Guerre s’installe sur un terrain loué à Barthélémy Noël (bail signé en 1859). Située en hauteur, elle permet aux artilleurs de pratiquer les manœuvres en situation réelle.
Ils se comportent comme en pays conquis
Dès leur arrivée, les militaires sèment la terreur dans le village. Les femmes et les filles n’osent vaquer à leurs occupations dans les champs. Ils insultent les agriculteurs, les pillent, coupent leurs arbres, brisent leurs clôtures, terrorisent leur bétail et détruisent leurs cultures.
Les agriculteurs trouvent des balles et des obus chargés dans leurs champs. Les animaux sont à tout moment exposés à être tués.
Des plaintes furent transmises aux autorités. Mais, au lieu de lever le camp, en 1883, le ministre de la Milice en rajoute et décide qu’à l’avenir c’est à l’île que s’exerceraient tous les escadrons d’artillerie du Canada.
Le drame
Lors des exercices de tir, les enfants s’empressaient de recueillir les boulets et les éclats d’obus pour les vendre à la pesée. C’est ce que firent, le 23 septembre 1887, les enfants de Pierre Godbout. Ils ramassèrent plusieurs projectiles et l’un d’eux explosa, tuant sur le champ trois d’entre eux.
Les obus n’étaient pas ramassés par les autorités militaires. Après avoir parcouru de longues distances, les projectiles tombaient à l’eau ou s’enfonçaient dans la terre. Dans son jugement, le coroner ordonna que soient rapportés à Québec tous les obus chargés qui avaient été retrouvés sur la grève. Force est de constater que le travail ne fut pas bien fait, puisqu’en 2007 on en trouva encore.
De leur côté, 80 habitants du village rédigèrent une lettre au ministre de la Milice et de la Défense à Ottawa, demandant que les exercices de tir au canon n’aient plus lieu sur l’île… Et pourtant, ils se poursuivirent jusqu’en 1904.
Dix ans plus tard, le 28 juin 1914, débutait la Première Guerre mondiale.
C’est ainsi que pendant 37 ans, de mai à septembre, les habitants de Saint-Pierre ont souffert et contribué, malgré eux, à l’effort de guerre.
Source : Dionne, Jean-Claude — Les militaires à l’île d’Orléans (1858-1904) — Archiv-Histo Inc. — Montréal 2019
Sylvie Lavoie
Vignette : Des membres de la garnison de Montréal en entraînement à Saint-Pierre. ©Musée national de l’artillerie du Canada


