L’église de Saint-Pierre (1955)

En 1950, la population du village de Saint-Pierre dépassait les 800 âmes. En été, avec les villégiateurs elle atteignait les 1000 habitants, qui étaient presque tous catholiques. La vénérable, mais petite, église de Saint-Pierre, érigée en 1718, peinait à accueillir tous les fidèles aux offices du dimanche, mais il n’était question ni de l’agrandir ni de la démolir. D’ailleurs, la Commission des monuments historiques s’opposait farouchement à toute altération majeure du monument.

En mars 1953, le premier ministre Maurice Duplessis rencontre, à son bureau, les notables du village de Saint-Pierre pour résoudre le problème. Il autorise, l’année suivante, l’achat de la vieille église par le gouvernement québécois, et son classement comme monument historique pour en faire un lieu de mémoire et de culture.

La solution s’imposait donc de construire une nouvelle église, plus grande et plus moderne. Le curé J.-Émile Létourneau et la fabrique de la paroisse font appel aux architectes Charles-A. Jean et Roland Dupéré, qui ont conçu un bâtiment s’inspirant de l’école du bénédictin Dom Paul Bellot. De là vient la parenté de style de la nouvelle église de Saint-Pierre avec l’abbaye de Saint-Benoît-du-Lac. On y retrouve notamment le jeu des couleurs de briques claires, une voûte arquée et une nef sans colonnes. Les travaux de construction sont confiés à l’entreprise Lionel Bélanger.

La première messe est célébrée dans le nouveau temple le dimanche 30 octobre 1955. L’office religieux est présidé par le curé Létourneau et par les pères Raymond Boutet, du patronage Saint-Vincent-de-Paul, et Benoît Paradis, capucin de Limoilou, qui prononce le sermon inaugural. La nouvelle église peut accueillir 600 fidèles dans un espace ouvert et lumineux.

La vieille église est désacralisée et la sacristie devient un local destiné aux artisans et artisanes du village. L’autel et le retable sont récupérés et installés au sous-sol de la nouvelle église. Cet ensemble est l’œuvre des architectes David Ouellet et Pierre Lévesque, qui l’ont réalisé en 1909 dans l’esprit des autels et des tabernacles du Régime français. On peut encore admirer cette pièce du patrimoine dans le local de la friperie de l’île d’Orléans.

On complète le chantier en 1960, en livrant à la fabrique un nouveau presbytère qui remplace l’ancienne résidence curiale construite en 1851. Depuis lors, Saint-Pierre possède deux clochers et les deux coqs, hissés à leurs sommets, veillent sur le passé et sur l’avenir du village.

Photo : La nouvelle église de Saint-Pierre a célébrée sa première messe le 30 octobre 1955. © Marc Cochrane

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